Peinture

La totale originalité de Gérard Murail ne doit rien à la volonté d’attirer l’attention, qui est si commune aujourd’hui.

Gérard Murail n’a pas décidé, un jour, qu’il serait peintre. Il ne songeait pas à  << utiliser >> ses dons, ni la connaissance théorique et pratique de la peinture qu’il avait accrue au cours de sa carrière de journaliste critique d’art. C’est la peinture qui est venue à lui, en lui faisant découvrir la nécessité de poursuivre sur le plan pictural l’œuvre déjà considérable qu’il avait accomplie en poésie. Car Gérard Murail est l’un des plus remarquables poètes contemporains. Son originalité s’était manifestée des son premier livre (1). Tout comme il fera en peinture, le poète avait commencé par concevoir une technique de l’écriture parfaitement adaptée à son expression.

Peinture et poésie vont assez souvent de compagnie. Rare est cependant une corrélation aussi poussée. Peut-être à cause de quelque parenté métaphysique, on pense au cas d’un William Blake… La démarche du poète vers la peinture vaut d’être signalée. Cette évolution se fit sans hâte et parce que cela était << dans la nature des choses >>. Un album de poèmes-collages, les << POEMES DU QUOTIDIEN» (2), en marque le tournant. L’album offset reproduit, tels, les documents originaux où, en trame du poétique, apparait une très séduisante composition graphique, le texte se trouvant en quelque sorte << illustré >> par lui-même.

La période suivante conduisit Gérard Murail, admirateur de l’art extrême-oriental, à associer le texte et la composition plastique, en ce qu’il a appelé des << poégrammes >›. Il y assouplit sa double discipline poétique-picturale, jusqu’à créer simultanément sur les deux plans, l’écrit et le peint -ou dessiné- menant leur développement commun, s’interpénétrant, s°enrichissant de leurs différences. Un manuscrit ainsi réalisé, objet d’art en même temps que livre unique, sur le thème des << Grottes >>, a été acquis par la bibliothèque de l’Université d’Indiana.

(1) « PORTULAN ›› Mercure de France. 1957.

(2) Librairie Saint Germain des Prés, 1971.

Jean de la Ferté