La revue Phréatique

Témoignage de Maurice Couquiaud
sur les débuts de son amitié pour Gérard Murail. 

La première série de la revue PHRÉATIQUE

Ayant publié en 1972 un premier recueil, je me sentais encore très isolé en 1976 à la publication du deuxième. C’est alors que j’entendis parler des rencontres de la Sape à Montgeron. L’association, née en 1968, souhaitait réagir à la théorisation intellectuelle mais antipoétique souhaitée par certains, animateurs de la revue Tel quel notamment. Souhaitant défendre l’intuition et l’imaginaire, une nouvelle revue avait donc été créée en 1975 par Maurice Bourg, un professeur de philosophie. Le comité de rédaction était composé de Jean-Louis Breuil, Serge Brindeau, Antoinette Jaume, Henri-Xavier Mongis, Gérard Murail et Marc Vaution. La maquette avait été créée par Gérard Murail. Son épouse Maïté Barrois en était la secrétaire de rédaction. Les poètes adhérents de l’association, de tous âges et de renommées diverses, se réunissaient périodiquement le Dimanche autour d’un feu de bois. Les rencontres furent un bonheur pour moi. J’avais trouvé une famille d’écriture… s’élargissant peu à peu. La composition du comité en témoigne, au fil des années, certains membres prirent de l’importance, d’autres furent conduits à s’effacer peu à peu pour des raisons diverses, familiales ou professionnelles. Trop d’entre eux comme Serge Brindeau sont décédés aujourd’hui. Comme celui-ci, beaucoup devinrent mes amis, et le demeurent comme Vénus Khoury-Ghata , Albarède, ou Max Alhau, que j’ai retrouvé bien plus tard à mes côtés au comité du Pen-Club français. Je garde un excellent souvenir de nos contributions amicales au Mur de la poésie, présenté chaque année par la municipalité, composé de poèmes illustrés par les auteurs ou des amis peintres… Gérard n’avait pas besoin d’aide.

Je me dois de rapporter une anecdote. Ayant largement diffusé à cette époque sur polycopies un modeste Manifeste du poète étonné, Maurice Bourg m’avait proposé de le présenter lors d’une assemblée. A ma surprise, au cours de mon exposé, je fus attaqué avec ardeur et impolitesse par l’un des présents. Me voyant troublé, Gérard Murail prit vigoureusement ma défense et emporta l’adhésion générale à mes idées. La conversation qui suivit consacra notre sympathie et notre amitié. Celle-ci devait marquer un tournant pour mon destin poétique.

Abonné à la Sape pendant plusieurs décennies jusqu’à sa disparition, je pus faire connaissance à l’époque des Feux de bois, de poètes importants comme Guillevic, Jean-Claude Renard, Jean Rousselot, Luc Bérimont, Serge Wellens et bien d’autres. Je me suis donc récemment interrogé sur les raisons qui ont conduit Gérard Murail et quelques amis à créer en 1977, avec des moyens plus faibles au départ, une revue supplémentaire, sans doute non concurrente mais complémentaire.

André Marissel, Francine Caron, Jean Dubacq et Gérard Murail publièrent dans le premier numéro de phrÉatique un éditorial commençant ainsi : «  Les sables et les glaises gardent dans l’ombre de la terre les nappes phréatiques dont l’eau verra le jour par la chance des sources ou la volonté des puits. » Le titre, proposé parait-il par Jean Dubacq, m’a toujours enthousiasmé. Pendant des années je fus amené par la suite à l’expliquer, à le justifier. La limpidité, la pureté peuvent se constituer dans les profondeurs avant d’apparaître au jour… et dans le poème. L’éditorial continuait ainsi : « A une époque d’insultant prométhéisme (avec les autres ismes à la mode) et de mépris de l’intuition, des sensations et de l’imagination créatrice (l’instinct du beau constamment détourné ou refoulé) PHRÉATIQUE sera le lieu où la liberté combinera les affluents jusqu’à l’abîme ou l’estuaire. ». Cet excellent programme explique l’amitié persistante avec les poètes de la Sape, les échanges de participation.

Dès les premiers numéros je retrouve de beaux poèmes, et même de l’émotion devant ce petit extrait de Henry Rougier, ce bon poète du nouveau comité, à l’âme très phréatique :
Et dans mes paumes ravalées
Un puits roucoulait
Plein d’étoiles

Les poèmes de Pierre Oster Soussouev dans le numéro 7, et de Claude Vigée dans le numéro 13 répondent sans doute encore à une demande d’André Marissel. Tous deux deviendront plus tard mes amis. Sur l’initiative de Gérard, une expérience durable apparaît et prendra de l’ampleur, l’Atelier de Poégraphie joignant le texte et le dessin, abstrait ou figuratif. Le premier Poétest apparaîtra au N°12, ouvrant les portes de l’imaginaire devant un croquis étrange. Je remarque aujourd’hui que les débuts de PhrÉatique révèlent un esprit un peu plus frondeur, plus incisif, plus explorateur que celui de la Sape. Gérard portait en lui une curiosité profonde, le tournant vers la recherche, la nouveauté, l’idée d’élargir si possible le champ culturel de la poésie en profitant, par exemple. des nouvelles techniques de communications, à l’époque : la télévision et le magnétoscope.

Dans le numéro 9 de la revue on remarquera l’apparition du premier atelier polypoétique. Préfiguration de ce qui sera le Groupe de Recherches Polypoétiques ou G.R.P. Derrière un article annonçant la mise au point d’un protocole, se trouve une mise au point où il est noté que Gérard dès 1946 avait utilisé le magnétophone et une installation de gravure sur disque de cire pour créer le premier livre-disque de poésie, début d’une première collection suivie d’autres comme celle des Poètes Chrétiens inauguré par un album-disque de Jean-Claude Renard. Le Blason du corps féminin de Murail avait été présenté en audiovisuel au Château des ducs de Bretagne par Yves Gaignard et le percussionniste Alain Hiéronymust, avec retransmission sur FR3.

Dans ce même numéro, après une réunion du 3 avril 1979, Gérard Murail, Pierre Esperbé, Serge Brindeau, Colette Klein et moi-même avons jeté ensemble les bases d’un projet visant à créer avec Yves Gaignard ce que celui-ci nommait une totalité poétique. Pour ma première collaboration, j’avais intitulé mon texte Notes pour un poème global. J’étais séduit d’avance par l’idée. Dans mon premier recueil Que l’Urgence demeure j’avais glissé un Poème télévisuel à plusieurs voix et un autre L’orbite, réunissant trois spationautes dans l’espace, autrefois mis en scène à Edimbourg par un professeur de l’université. Avec sa troupe, Yves Gaignard était appelé à devenir le fer de lance de la polypoésie théâtrale.

Le comité se modifie lentement. Jean Dubacq y installe un humour bienfaisant. Alain Mercier y fait un assez bref passage. Elie-Charles Flamand, ancien surréaliste s’intéressant à l’ésotérisme, entre au numéro 10 de façon beaucoup plus durable. Le numéro 11 voit mon entrée avec celles de Colette Klein et d’Henry Clairvaux. Nous y resterons ensemble avec Pierre Esperbé toujours discret, travaillant fidèlement à travers vents et marées, jusqu’à la disparition de la revue, correspondant à la fin du siècle. Changement important, Gérard souhaitant rester dans l’ombre du comité, Henry Clairvaux va occuper un bon moment le poste de directeur. Actif auprès des libraires, dynamique, il additionne les efforts pour multiplier les abonnements. Tâche difficile car, d’un commun accord, nous refusons de lier la publication d’un texte à la prise d’un abonnement. Notre ami très chrétien réussit un coup d’éclat. Il obtient des éditions du Cerf une primeur, l’autorisation de publier quelques poèmes de Karol Wojtyla, devenu pape sous le nom de Jean-Paul II. Yves Mourousi en parle au journal télévisé de 13 heures. Gros succès.

Un sous-titre apparaît sur la couverture : Poésie plurielle. L’imaginaire étant inscrit dans les gènes de la famille Murail, on peut lire dans le numéro 13 intitulé De la gloire du soleil, un texte au titre étrange La Barbe-bleue et l’empereur Napoléon sont-ils des mythes solaires. Une brillante carrière s’annonce : il est de Marie-Aude Murail (que l’on retrouvera dans le numéro 23).

L’équipe s’élargit dans le numéro 15 avec l’arrivée de Michel Michaud, professeur à l’université de Nantes, de Michel Passelergue qui sera l’oreille musicale de la revue, du sémiologue Jean Crocq qui se déplacera spécialement pour injurier Jean-Paul II, venu se recueillir sur la tombe du professeur Lejeune, découvreur de la trisomie 21. Gérard savait maintenir un esprit fraternel dépassant les antagonismes politiques ou religieux au profit de la qualité et de l’intérêt poétique. Nos réunions étaient paisibles et enrichissantes. Nous levions fréquemment nos verres sans eau avec le même cœur.

J’aime le beau titre du numéro 16, La poésie souffle où elle veut. Nouveau venu parmi nous, le diplomate voyageur George Sédir nous y offre un beau poème, comme le font Jean-Michel Maulpoix et Jean-Vincent Verdonnet. La poésie souffle notamment vers la connaissance. Le géophysicien Patrick Aimedieu inaugure une rubrique qu’il alimentera régulièrement Poétique de la science. Dans son article la Chasse au trésor il défend la parenté de l’étonnement chez l’homme de science et le poète. Ce qui me permet dans L’arbre qui chante d’évoquer la science-fiction. Tristan Murail invente une poétique musiquée en évoquant La dérive des continents,… création pour alto et douze cordes.

Etant donné le nombre grandissant des collaborations et l’extension de la rubrique Poésie du monde, je ne peux signaler tous les bons poètes, les beaux textes qui vont prendre place dans une succession de thèmes porteurs d’inspiration, comme Passages, Nourritures terrestres, Ondes, Cassures, les Fenêtres, Voyeur Voyant, Chute, Chambres. Je me dois cependant de citer plusieurs poètes dont la présence parfois provisoire au comité a laissé des traces intéressantes. Je pense, dans le désordre, à René Ferriot, André Wlodarczyk, Lydia Claude-Hartman, Hélène Radomski, Patrick Conty, Astrid Olivia, Kary Cerda, Roland Halbert et Dominique Prat. Entré au numéro 23, Raymond Beyeler sera pendant 18 ans notre tête chercheuse en matière artistique, la peinture en particulier. Entrée au numéro 24, Carmela Moya, charmante anglo-saxonne, nous accompagnera jusqu’à son décès prématuré. Ce n’est pas un hasard si dans le numéro 27, clôturant la première série PhrÉatique, on peut lire le grand poète anglais David Gascoyne. Fidèle au thème choisi, dans le texte final consacré à la Poétique de la science, Patrick Aimedieu, qui envoyait réellement des ballons sondes dans l’atmosphère, intitule sa collaboration « Décoinçons la bulle ! ». Beau programme pour la revue : « Pour aller plus loin dans la connaissance, faisons des bulles. Ce n’est pas cher et ça peut porter haut ! »

 Revue phréatique série nouvelle

Depuis un certain temps Gérard Murail manifestait le désir de donner une impulsion nouvelle à la revue. Une circonstance particulière permit en 1983 de donner suite à ce projet. Mon frère aîné (mon associé dans une société à but commercial) souhaitait se délivrer à un âge normal d’une activité particulièrement absorbante. Comme lui, j’étais amené à changer de métier. Toujours actif, je pouvais cependant envisager de consacrer plus de temps pour venir en aide à Gérard. Afin de marquer cette transition, je me vois attribuer le poste de rédacteur en chef, créé pour la circonstance. Nous passons à un format supérieur, la pagination est considérablement augmentée. Pari audacieux pour une revue non subventionnée. Tout le long parcours de celle-ci sera l’objet d’une lutte menée par Gérard pour assurer sa survie financière avec le concours de l’équipe solidaire.

Le numéro 28 du printemps 1984 inaugure la nouvelle série. Le titre de couverture change et devient phréatique revue du groupe de recherches polypoétiques. Gérard demeure discrètement à la barre au sein du comité sans changement. Les anciennes rubriques demeurent et leur nombre en est augmenté Poétest, sémiologie, polypoésie, pour l’imaginal : Dame, oui ! de Gérard Murail,de superbes poégraphies, un beau texte de Iannis Xenakis pour la musique, Renaud Matignon nous parle de Giono. Par ailleurs un manuscrit du regretté Jean Paulhan, Comment juger un poème, un article de l’astrophysicien A. Vidal-Madjar, les beaux poèmes de Claude Vigée, Jean Lescure, etc. Bref ! Un bon départ, mais la caisse est presque vide.

Pour assurer la sortie d’un numéro 29, Gérard le prend à son compte en publiant un recueil Jusqu’au coucher du soleil. J’aime encore y lire :
tu vas rentrer chez toi
Par le passage de l’oubli à l’ébloui.

Le dynamisme de l’équipe demeure et bientôt sort un numéro double 30-31 de 176 pages. On y trouve un texte de Eugène Ionesco, Dernières rencontres. Gaston Criel nous livre ses souvenirs, Un poète chez André Gide. Emmanuel Levinas nous expose tout le bien qu’il pense du recueil de Gérard Compostelle. … Marie-Aude Murail nous livre ses confidences dans la rubrique Journal phréatique. Un gros butin de poèmes. Parmi eux un poème de Jean Rousselot, un autre de Ilke Angela Maréchal, une amie qui prendra peu à peu une place importante dans l’évolution de la revue.

Nouvelle expérience couronnée de succès. Derrière un beau texte de Gérard Contemplier, nous réunissons dans le numéro 32 un Manuaire composé de poèmes manuscrits. Que de beaux poèmes, que de grandes signatures que je ne peux toutes citer ! Parmi elles, Guillevic, Jean Lescure, Pierre Oster , Pierre Seghers, Michel Manoll, etc… Michel Butor nous offre un texte intitulé Les Bagatelles de Thélème inspiré par une composition de Ludwig Van Beethoven.

Assumant mon nouveau rôle de mon mieux, à cette époque je commence à me sentir vraiment utile. Que de lettres de sollicitations, de remerciements ou de refus, des centaines chaque année ! Beaucoup de livres nous parviennent. Pendant des années, il me faut les apporter au ministère des affaires étrangères, les faisant suivre par la malle diplomatique à Georges Sédir, d’abord attaché culturel au Brésil, puis ambassadeur de France en Birmanie. Nous recevons en retour de notre ami ses notes de lectures attentives et les ouvrages commentés. Auprès des bureaux concernés Georges Sédir prend la suite de Jean L’Anselme pour appuyer mes demandes d’abonnements pour de nombreux services culturels à travers le monde. Il nous arrive parfois de recevoir des lettres de certains coins perdus de Sibérie ou d’Amérique du Sud. Gérard prend également la bonne décision d’envoyer la revue à bien des universités étrangères. Ce qui suscite les abonnements réguliers des plus grandes universités américaines parmi d’autres.

Le comité se trouve un peu modifié avec certains départs et l’entrée de Claude Micoski et de Jacques Cahen. Tous les membres alimentent régulièrement avec ferveur et de façon remarquable les diverses rubriques, comme bien des lecteurs fidèles ou des anciens comme André Marissel, qui participe au numéro double 33-34. Sous le titre Images de l’homme, la couleur s’introduit pour la première fois dans la revue avec une couverture de Gérard Murail et une peinture d’Aristide Caillaux. A signaler Les espaces intérieurs de l’homme et le retournement de la conscience, un bel article de Pierre R. Etevenon chargé de recherches à L’I.N.S.E.R.M. De Gérard Murail un extrait de son recueil Le roi de coupe.

Un tableau de René Magritte illustre la couverture du N°35. Dans la rubrique Poésie du monde le grand poète anglais David Gascoyne rend hommage à ce peintre. A signaler une rétrospective sur la revue Phantomas, un texte intéressant de Luc-Olivier d’Algange, Le jasmin des fidèles d’amour. Gérard Murail met en scène une polypoésie au titre étrange Pituite huile. S’ajoutent de beaux poèmes dont celui d’André Chedid, un poème de Maïté Barrois, l’une des rares contributions de l’épouse Murail, etc.

Pour le numéro 36-37 mon ami le peintre Jean-Pierre Alaux nous offre une élégante couverture et deux hors-textes. Colette Klein livre un dossier particulièrement adapté : Le Double. Ana Binet, agrégée de portugais, propose Fernando Pessoa, un cas de démultiplication, Patrick Aimedieu, le scientifique maison, propose En doublant l’infini. Rubrique poégraphie : L’arrière-saison de Gérard Murail

Le succès du premier Manuaire nous conduit à renouveler l’expérience plus largement dans le N°38. Je ne peux citer tous les merveilleux talents qui nous rejoignent : Gabrielle Althen, Marc Alyn, Luc Bérimont, Georges-Emmanuel Clancier, André Frénaud, Jean Grosjean, Jean Rousselot, Claude Vigée, etc. Au sein du poetarium le poème d’un jeune scientifique Gilles-Eric Séralini qui se fera connaître plus tard comme meneur de troupes dans le combat écologique contre les O.G.M. En couverture un tableau de Gérard : Le poète.

L’imaginal représente une notion qui me rapproche de Gérard, puisque nous sommes tous deux admirateurs de Henry Corbin, dont j’ai pu approcher l’œuvre à l’Université Saint Jean de Jérusalem qu’il avait fondée à Paris. Je n’ai pu résister dans le numéro 39 à l’envie de commenter en ce sens le recueil de mon ami intitulé Le roi de coupe. Pour titre j’ai emprunté deux superbes néologismes de l’auteur : Imaginaître, Imaginêtre. Il ne serait pas convenable de me montrer trop envahissant. Je souffre donc parallèlement en rédigeant ce témoignage de ne pouvoir citer qu’un aperçu du magnifique travail de nos collaborateurs. Par exemple, Georges Sédir nous a préparé un remarquable et conséquent dossier L’INDE dans la poésie française. Gérard y évoque une Polypoésie sacrée, Jean-Louis Vieillard-Baron propose Pierre Emmanuel et l’Inde, etc. Plus loin Anne-Catherine Benchelah, futur membre du comité, évoque les décades de Cerisy La Salle et réalise un superbe entretien avec Emmanuel Lévinas.

Pour le N°40 Gérard a repris très normalement le titre officiel de Directeur de la revue sans changement pour mes fonctions de rédacteur en chef et nos rapports très amicaux. Je lis sous la plume du biologiste Séralini encore simple poète amoureux pour l’instant :
Tous les regards ont dans le bleu de leur amour
La profondeur de leurs souffrances

Sous une couverture d’Arrabal, à remarquer l’excellent dossier préparé par Marie-Françoise Tammaro, une amie nouvelle au comité, Senteurs et un apport important de Gérard à la polypoésie dans une mise en scène en 7 parties, intitulée Le puits et puis… :
… la margelle ouvre l’œil du rond
salué par tous les points de la circonférence
et au milieu de la belle avance
aux fins de vivre enfin mourir assez profond !

Le numéro 41 se révèle particulièrement émouvant avec le dossier Exil s’ouvrant avec un superbe hommage de notre ami Alain Freixe à quelques poètes courageux. Il rappelle qu’en 1940 Saint-John-Perse, réfugié aux Etats-Unis après l’invasion allemande, spolié de ses biens et déchu de la nationalité française avait envoyé à Jean Ballard son désormais célèbre poème Exil pour les Cahiers du Sud. Comment faire devant les dangers de la censure ? Joë Bousquet a l’audace d’envoyer à J.Ballard une lettre le suppliant de publier l’intégralité du texte en question. Nous sommes heureux de reproduire le manuscrit de cette supplication où Bousquet propose de prendre le risque pour lui. Le poème fut publié, prenant figure de symbole. Alain Freixe souligne « Poème écrit pour respirer, vivre et ouvrir à la vie. »

A noter, un poème de Gérard Passage du temps.

Dans le numéro 42 je retiens sous la rubrique Imaginal l’article de Bernard Llech résumant Les trois journées de l’Université St-Jean de Jérusalem où je l’accompagnais. Interventions de Gilbert Durand (fondateur du Centre de recherches sur l’imaginaire et digne successeur d’Henry Corbin), d’Antoine Faivre (auteur d’ouvrages sur l’ésotérisme), de Jean-Louis Vieillard-Baron, de Michel Cazenave, etc. Côté sciences un bon dossier Turbulences avec une réflexion de Patrick Aimedieu , Vous avez dit Turbulence ? Comme c’est étrange. De Ilke Angela Maréchal un Essai sur la turbulence d’après Prigogine. De Gérard Pataphysique du Trombone.

Exceptionnellement la revue va bénéficier pendant un an d’une aide du ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur. Fidèle à sa sympathie pour mon ancien manifeste du poète étonné Gérard me propose de préparer pour le N°43 un dossier sur l’étonnement poétique. Encouragements de Robert Sabatier et de Claude Roy. Georges Emmanuel Clancier, évoquant une citation de Tristan Corbière m’envoie Le voleur d’étincelle, Michel Butor m’envoie La prairie des éveils, Jean Biès La nuit illuminée, André Marissel L’étonnement devant le mal, Alain Freixe A l’adret de l’étonnement : l’émerveillement, etc. Je réunis des poèmes de Jean Rousselot, Marcel Béalu, Pierre Oster, Andrée Chédid, Vénus Khoury–Ghata, Max Alhau, Gérard Bocholier, etc. Lors d’une rencontre à Cerisy la Salle autour de l’œuvre d’Edmont Jabès, Anne-Catherine Benchelah a recueilli pour nous un entretien avec l’auteur : « Qu’est ce que dialoguer si ce n’est partager ». Autour d’une belle lettre de Vladimir Jankélévitch, mes réflexions sur le sujet sont réunies dans quelques articles qui m’ont servi quelques années plus tard de base pour publier chez l’Harmattan L’étonnement poétique, un regard foudroyé. Je cite Claude Roy : « L’étonnement, c’est la grâce première du poète, que ne cesse d’étonner la beauté du monde et son horreur ». Pour le chapitre principal je m’appuyais sur une citation de Jules Supervielle : L’univers même s’établit / Sur des colonnes étonnées.

Reprenant le titre d’un article de Ilke Angela Maréchal, le N° 44 s’intitule Changer de regard, Changer de monde, et marque le souhait de l’équipe de confirmer la démarche transdisciplinaire de phréatique, tenant compte des nouvelles données de la recherche scientifique, venues bouleverser notre vision des différents niveaux de l’univers et notre conception logique de la réalité devant l’incertitude quantique. Dans le Journal phréatique Gérard Murail évoque la sixième vallée, celle de l’étonnement. Il appuiera sans cesse ma complicité avec Ilke Maréchal pour élargir nos rapports avec les scientifiques au sein de diverses associations. Le physicien éminent Bernard d’Espagnat théoricien du Réel voilé, l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet spécialiste des trous noirs, le physicien Basarab Nicolescu fondateur de la transdisciplinarité et de multiples spécialistes, philosophes et poètes deviendront des amis et des collaborateurs. Ainsi pourrait-on rapprocher dans ce numéro l’article du mathématicien Claude-Jacques Willard L’harmonie universelle du poème La terre surgit du grand écrivain André Chouraqui. A signaler par ailleurs, le beau dossier de Jacques Cahen Une certaine idée de la Grèce.

Yves La Prairie, océanologue, fondateur du Centre national pour l’exploitation des océans a préparé le dossier central du N°45, Chaque homme a sa mer. Poète, auteur d’une anthologie des poètes de la mer, il a invité parmi ceux-ci Gérard Le Gouic, Anthony L’Héritier et Jean-Claude Renard. Henri Queffélec nous offre Quelques instants marins pris sur le vif, la célèbre Dame de mer Anita Conti nous présente Moi, cétharine (nez de baleine), poisson géant. Le biologiste Lucien Laubier nous décrit Les oasis éphémères des grandes profondeurs océaniques. Claude Riffaud plongeur en soucoupes nous parle des Robots sous les vagues. Rubrique polypoésie, Gérard Murail présente pour la scène Autre mer. Hors dossier, Roger Little, professeur au Trinity College de Dublin, évoque le fidèle compagnonnage du grand poète Roger Frénaud avec le peintre sculpteur Ubac. Comme d’habitude, je me sens coupable de ne pouvoir citer tous les amis qui, comme André Doms, nous ont envoyé leurs poèmes et collaborations diverses.

Pour constituer le dossier central du N°46 Colette Klein s’appuie sur une citation de Proclus : Les angles sont des Dieux. Le sujet se prête sans doute à l’humour. Gérard Murail propose une polypoésie intitulée Château Saint-Angle dont les héros sont Tohu et Bohu. Lorris Murail évoque Flatland, l’ouvrage de science fiction bien connu où l’auteur anglais E. A. Abott inventait au XlXème siècle un monde à 2 dimensions. Jacques Cahen est un peu plus sérieux dans une Poétologie des angles. Quant à moi c’est très sérieusement que j’interroge nos étonnements : Peut-on ressusciter les angles morts ? en songeant à l’évolution des paradigmes scientifiques continuellement secoués par les recherches contemporaines. L’astrophysicien poète Michel Cassé nous offre De moi seul à moi seul, accompagné par un beau poème de Jean-Pierre Siméon. Le biologiste Gilles Eric Séralini sous le titre Là où naît l’infini se penche virtuellement sur l’angle entre l’art et la science. Pour lui science et poésie sont deux aspects d’une même énergie. Il cite Maurice Carême : « Je suis comme un ciel étonné / de se trouer le soir d’étoiles / qu’il n’avait jamais soupçonnées. »

N°47 La chute d’Icare. Le poète belge Jacques Oriol ayant proposé à son ami Gérard Murail de tenir un colloque sur le fameux tableau de Bruegel, c’est avec enthousiasme qu’une grande partie du comité répond à l’invitation et se rend en pélérimage au musée de Bruxelles. Accueil chaleureux, bonne chair, libations, ambiance merveilleuse pendant et après les rencontres en vue de préparer la parution du sujet. Dans une première contribution Jacques Oriol a réuni une documentation abondante sur les origines et l’histoire ancienne du mythe. Dans un autre chapitre intitulé Icare ou l’éternelle jeunesse il démontre combien ce héros demeure une source d’inspiration pour les écrivains proches ou contemporains, Baudelaire, Gabriel d’Annunzio, Norge, Robert Sabatier, etc. Dans Autour de la chute d’Icare le psychanalyste jungien Pierre Solié analyse diverses chutes célèbres, celles des hommes d’après Hésiode, celle des Androgynes d’après Platon, celle d’Adam et Eve, celle de Lucifer-Satan. Jean Dubacq qui multiplie les écoles dans phréatique nous offre cette fois une école d’Icare. Jacqueline Ballman évoque L’obsession de la verticalité. Michel Passelergue étudie L’envol du poème, Claude Micoski une Mise en scène de la chute. Le tout se trouve baigné dans de nombreux textes ou poèmes aériens.

Gérard Murail ouvre le N°48 Le Japon autrement avec un long et beau poème, Je redeviens comme j’existe : « Parmi les îles du silence / je suis le célébrant de l’insularité ». Le dynamisme de Ilke Maréchal a incité Gérard à la nommer délégataire de la revue pour faciliter ses démarches. Notre amie s’intéressant beaucoup à la culture japonaise a préparé un dossier central sur ce thème. Dans son exposé d’ouverture Miroir-Miroir je lis : « L’extrême-orient voit dans la multitude apparente les différents aspects de l’unité sous-jacente. L’univers est un seul corps où des apparences diverses doivent trouver leur centre où s’équilibrent leurs différences : l’Harmonie. ». Ma fille cadette Laurence a préparé une thèse d’architecture marine à l’université de Tokyo. Parmi les nombreuses contributions bien documentées de nos amis, elle offre à la revue un article sur l’Architecture de l’éphémère. Un entretien de Ilke avec le musicien Yoshihisa Taïra nous fait découvrir une notion étrange ayant à mes yeux une résonance quantique moderne : « Pour le japonais qui cherche toujours à embrasser la totalité d’un phénomène, MA est à la fois Temps et Espace, plus la symbiose des deux, plus une relation d’absence, en somme une présence absence…. Est MA l’espace vide entre deux piliers d’un Torii par exemple, le portail d’un temple ». Japonisant, notre ami André Wlodarczyk avec la Traversée des mondes remonte aux sources de la poésie japonaise moderne.

A l’occasion du vingtième anniversaire du premier pas humain sur la lune se prépare pour l’été 1989 un Festival international de l’astronomie et de l’espace, avec la participation de scientifiques internationaux (NASA, CNRS, observatoire de Paris, etc.) en présence de plusieurs astronautes américains, russes et français. En préambule, la revue phréatique en la personne de Ilke Maréchal, organise avec le concours de l’astronome Jean-Louis Heudier des rencontres publiques à la FNAC de Nice et à l’Astrorama. Lors des tables rondes, prendront la parole des astronomes, physiciens, philosophes, artistes et poètes. Les valeurs de l’étonnement seront à l’honneur. Le devoir familial et l’affection m’appellent aux Etats-Unis où ma fille aînée vient de recevoir son diplôme à l’université d’Atlanta. Préparant auparavant avec mes amis un numéro spécial particulièrement étoffé, intitulé La tête dans les étoiles, mon plaisir et mon espérance seront que mes amis, scientifiques ou poètes comme Michel Camus, défendront sur place des thèses qui me sont chères.

N°49 La tête dans les étoiles consacre la renommée croissante de la revue. Il est publié avec l’aide du Ministère de la culture et de la communication. Notre ami physicien Patrick Aimedieu a été un guide précieux. Sous le titre Conscience de la poésie et poésie de la science, Michel Camus nous dit : « Poètes et hommes de science, nous sommes tous des métaphoriciens, des créateurs de mythes ». De façon inattendue, l’astrophysicienne Sylvie Vauclair place face à face Création scientifique et progrès artistique. Dans Objectif Cosmos l’astronome Jean-Louis Heudier expose comment l’homme a construit sa conception de l’univers, puis dans Observer le ciel il défend l’importance de cette observation. Comme dans un rêve étrange, Ilke Maréchal s’assimile à l’univers et s’interroge sur sa nature, Au commencement j’étais… Claude Micoski se demande quel est le statut de l’étoile, Étoile dévoyée, Étoile dévoilée. L’âme poétique de l’astrophysicien Michel Cassé s’exprime dans L’étoile s’étiole. Jean-Pierre Luminet s’interroge sur Les trous noirs cosmiques ou la perfection sombre. Pour Charles Hirsh, mathématicien physicien, Le temps a laissé son manteau… peut-être un manteau d’idées ? Lenis Blanche s’interroge : La stabilité de l’étoile est-elle une donnée de la perception ? Jean-Marc Philippe nous propose un beau programme, Quand l’Art, l’Espace et le Rêve se rejoignent… et quand la réflexion s’impose. Artiste complet, Raymond Beyeler transforme une galaxie en création poégraphique, La loi palingénésique à tendance oscillante. Assyriologue, Catherine Burke expose les débuts de l’astronomie-astrologie en Mésopotamie. Le physicien Basarab Nicolescu étudie Les sources scientifiques de la philosophie de Stéphane Lupasco. Le poète plasticien Marc-William Debono part à la recherche de L’esprit-Temps. Anne-Catherine Benchelah se réfère à G. Bachelard pour vanter les mérites de L’onirisme étoilé. Indispensable affirmation dans ce numéro particulier, Gérard Murail propose une Restauration de l’imaginaire. C’est dans le même esprit que ma plume va De la fable à la science-fiction. Toutes ces collaborations sont insérés, avec une école d’étoiles de Jean Dubacq, dans une galaxie de brillants poèmes : Jean Rousselot, Gabrielle Althen, Pierre Oster, André Verdet, Michel Random, Colette Klein, etc…. Quel beau numéro !

Très logiquement le N°5O présente un compte rendu des Rencontres Science, Poésie, Philosophie du mois de Juillet à Nice, animées par Jean-Cristophe Dechico. Dans son excellente  présentation Poésie et Science, face à face–ou dos à dos, Ilke Maréchal rappelle les propos de Basarab Nicolescu inscrivant la nécessité « d’un imaginaire informé qui peut intégrer les données obtenues par l’exploration de la Nature, tout comme les sentiments éveillés par la contemplation de ces données ». Ilke livre ensuite un reportage photographique des rencontres, de nombreux extraits puisés dans les propos des intervenants et quelques développements de leurs articles parus dans le numéro précédent. Propos de Charles Hirsch, Patrick Aimedieu, Michel Cassé, Sylvie Vauclair, Jean-Marc Philippe, Jean-Marc Levy-Leblond, Jean-Pierre Luminet, Jean-Louis Heudier, etc. Gérard plonge une autre fois dans l’imaginaire en auscultant L’esprit du noir. Il termine de belle façon : « Rien de plus beau que le noir, s’il nous est transparent ». Cependant le début de ce numéro est consacré à un thème porteur pour la revue phréatique, La nappe et ses symboles. J’aime particulièrement l’entretien de Catherine Benchelah avec le philosophe poète Paul Ricoeur, titré Le surgissement de la métaphore vive. Le langage est encombré de métaphores mortes, comme le pied de la chaise. Les vers médiocres le sont également. Au contraire les plus beaux poèmes de la langue française sont nourris de métaphores vives dont l’étonnement est le fertilisant. Ricoeur dit à Catherine : « Si je ne perçois pas l’entrechoc, la friction, l’éclair suscité, il n’y a pas de métaphore ». Gérard Murail considère A tout bout de champs ces drôles de nappes. Dans Hors la nappe du langage, la poésie, Michel Faucheux nous invite à un superbe festin poétique offert par la nature. Personnellement, je passe De la veine à la nappe. Jacques Cahen, Bernard Llech, Jean Crocq, René Ferriot, Jacques Oriol, brodent comme Claude Micoski sur leurs terrains différents des Desssus et dessous de nappes.

Le numéro 51 s’ouvre sur Doublures pour pensées, un poème de Gérard Murail composé comme une mosaïque de courtes entrevisions : « Je suis né pour porter un silence très lent comme vase communicant ». Après quelques poèmes divers de collaborateurs habituels, de Claude Roy, Jean-Paul Gavard-Perret, André Marissel, etc., commence un dossier important entièrement préparé par Anne-Catherine Benchelah, Créative Algérie réunissant des témoignages très divers sur l’évolution culturelle et politique d’un pays en pleine mutation. Grosse diffusion auprès de nos amis algériens avec le concours de l’entreprise algérienne de presse (ENAP).

Professeur, poète, photographe et plasticien, Serge Goudin-Thébia avait, depuis un bon moment acquis l’estime de Gérard Murail. Ce fut donc avec plaisir et confiance que ce dernier répondit à la proposition de son ami souhaitant préparer un dossier Guyane avec Franck Doriac, pour le n°53. Excellente connaissance des lieux. Excellente organisation. Le Conseil Régional accorde son concours, ce qui facilite la préparation d’un éventail d’études sur les différents aspects de l’histoire, de la culture, de l’économie, du peuplement de ce département d’outre-mer. La distance ne doit pas être un obstacle. Un voyage facilitera les choses. Gérard part pour Cayenne avec Maïté qui établira dans L’espace vert un récit très intéressant de cette visite. : la ville, le centre spatial de Kourou, le carnaval, la jungle, l’accueil sympathique des habitants, etc. Dans un article intitulé Cet indien-là Gérard présente la personnalité originale de l’artiste Serge Goudin-Thébia, la diversité de ses œuvres et les matériaux étranges qu’il utilise. La revue recueille une riche documentation dans divers articles décrivant un large panorama allant de l’architecture locale aux danses traditionnelles, en passant par l’archéologie, les rapports aux défunts dans la culture créole, le statut des amérindiens, etc. Le tout baigne dans des poèmes guyanais. Par ailleurs, notre ami Georges Sédir, ambassadeur de France en Birmanie, qui assure depuis des années un travail extraordinaire en rédigeant à l’autre bout du monde de multiples et sérieuses notes de lecture pour la revue, élargit la rubrique Poésie du monde avec une large contribution, Neuf siècles de poésie birmane. Pour accompagner un aperçu historique sur le pays et les rythmes particuliers de sa poésie, Georges nous offre un poème par siècle, du XIIème au XXème.

L’arbre, le beau thème du N°54 était particulièrement porteur de branches, je veux dire de métaphores variées et très riches. Ainsi s’explique le titre excellent de Michel Camus La magie des arbres. L’arbre-ancêtre, écrit-il, s’origine dans l’arbre cosmique qui appartient à la mythologie de presque toutes les traditions. Fondateur du Centre de recherche imaginaire et création à Chambéry, Jean Burgos note dans L’arbre du sang qu’il n’est guère de folklores et de mythologies où ne se rencontrent des arbres qui saignent. Ilke Maréchal présente un bel entretien intitulé De l’arbre des sciences cognitives avec le biologiste Francisco Varela, auteur du livre L’arbre de la connaissance. Dans L’arbre biologique, ce père et tuteur un autre biologiste, G.E.Séralini relève que, non seulement nous possédons un arbre bronchique et des arborescences pulmonaires, mais que l’arbre est notre prédécesseur sur terre, notre père d’origine en somme. Claude Micoski s’intéresse à l’image souvent mélancolique de L’arbre abattu. Dans Mon arbre et moi, Charles Hirsh remarque la complémentarité des hommes et des arbres, cette solidarité respiratoire où chacun vit des exhalaisons de l’autre. Notre fidèle poète metteur en scène Yves Gaignard propose L’arbre scènique. Dans un article largement illustré intitulé Arbres Théophanes H.Clairvaux, estime que l’homme aime si fort les arbres, qu’il fera tout pour se les incorporer. Dans le journal phréatique, Couquiaud, ayant étudié après Jung les racines de la conscience, examine L’arbre de la conscience, de l’arrosage à l’effeuillage. Le thème ne pouvait qu’enflammer les poètes. Parmi un grand nombre d’entre eux, je trouve Gérard Murail auteur de Stances, Pierre Esperbé, Colette Klein, Gilhuette, Frank Holden, Michel Michaud, A-C Benchelah, M.W. Debono, Claire Laffay, Jean-François Roger, Jacques Oriol, Bluma Finkelstein et bien d’autres talents.

Le thème du N°55 était particulièrement ouvert. Le gré des vents, invitait à la diversité. Michel Faucheux a bien choisi son titre L’histoire tourbillonnaire : Les ruines ou nouvelle méditation sur le chaos de la modernité. Selon l’auteur, les ruines sont la métaphore qui jalonne le parcours de l’homme européen. Les sous-titres sont éloquents : La ruine, paradigme de la modernité ou La crise ou topologie fractale de la culture. Méditation intéressante et quelque peu inquiétante. Heureusement le dernier sous titre est plus optimiste, Surfer de genèse en genèse ! Ilke Maréchal a rédigé un entretien avec André Chouraqui, traducteur de la Bible. Pour ce dernier, toute poésie authentique est la traduction d’un souffle. Hélas ! dit-il, bien des poètes ne sont plus inspirés. Scientifique et philosophe, Basarab nous propose des Réflexions tranquilles autour d’un mot. Il s’agit du mot trialectique qu’il différencie du mot tridialectique employé par Stéphane Lupasco, le théoricien des trois matières. Une différenciation pouvant conduire la puissance logique du ternaire dans les couches profondes de l’imaginaire jusqu’aux portes de l’imaginal. Selon H.Clairvaux Le vent nous instrumente. Pour les poètes de ce numéro le vent passe en toute chose. Dans un texte Michel Passelergue le fait passer dans la musique, dans un autre il envoie des spécialistes de la Haute atmosphère à la recherche du mont Éole. Patrick Aimedieu nous raconte l’histoire de la pression atmosphérique depuis l’invention du baromètre jusqu’aux exploits de nos yeux spatiaux. Ilke Maréchal et Gérard Murail interrogent Phillippe Quéau, responsable du programme Imagina, pour comprendre Comme il sied au vent ou l’art formel du mouvement. Jacques Borel poursuit le Mistral. André Lagrange, Luc Decaunes, Raymond Beyeler… Chaque poète a son vent préféré. Gérard Murail en reçoit de belles Stances, Maurice Cury lui doit une extase. Sylvie Vauclair nous explique que les étoiles se forment au gré du vent. Bien entendu, je l’approuve en me livrant poétiquement aux Vents stellaires.

N°56 phréatique célèbre ses quinze ans d’existence. Dans son éditorial Gérard résume l’action de la revue selon une démarche originale pour une revue de poésie. La création d’une rubrique poétique de la science a retenu d’abord l’attention du ministère de la Recherche, puis deux ans plus tard celle du ministère de la Culture, qui nous accordent ponctuellement leurs soutiens : « En même temps que l’imaginaire récupérait sa dignité avec Bachelard, Corbin et leurs successeurs, la double révolution relativiste et quantique commencée avec le siècle n’a cessé de nous ouvrir de fascinantes perspectives. » Ce texte est suivi de la reproduction de l’éditorial du N° 1 paru au printemps 1977. Se trouve avancée ainsi la conformité de la revue au but tracé de ses origines. Atelier de poégraphie. Spectacles montés par le GRP avec la participation du scénographe Yves Gaignard et de l’association de musique contemporaine L’itinéraire. Peu à peu s’est créé autour de nous tout un réseau de poètes et de spécialistes aux disciplines diverses. Exceptionnellement, pour cet anniversaire, sous le titre Les Artésiens, chaque poète du comité se trouve présenté individuellement et propose quelques uns de ses poèmes. Il s’agit de : Anne-Catherine Benchelah, Raymond Beyeler, Carmela Moya, Jacques Cahen, Henry Clairvaux, Maurice Couquiaud, Jean Crocq, Colette Klein, Michel Michaud, Claude Micoski, Gérard Murail, Michel Passelergue, Georges Sédir.. Sur la couverture figure une œuvre de Gérard Murail, Death valley. Hors textes de Henry Clairvaux, Benanteur, Colette Klein, Mancini, et Bélier de Gérard Murail.

Le N°57 s’aventure à la recherche des Pas perdus. L’un de mes poèmes important prend le départ pour les retrouver. C’est un sentier cher à notre équipe parce qu’il est propice non seulement à la poésie, mais également à la recherche scientifique. Basarab Nicolescu marche Sur la piste du tiers secrètement inclus. L’expression a été créée par notre ami commun Michel Camus en présence de Roberto Juarroz. De leur dialogue sont nés les Théorèmes poétiques de Basarab, un lieu de rencontre entre la physique quantique, la philosophie de la nature et l’expérience intérieure. Avec Pas perdus, pas retrouvés, le docteur ès sciences physiques et naturelles Marcel V. Locquin présente sous forme de conte le fameux théorème de Gödel qui a bouleversé certains pans entiers des logiques mathématique et philosophique. L’astronome Jean Heidmann, lors d’un entretien intitulé Des empreintes sur l’espace, m’expose ses travaux pour animer son vieux rêve de civilisations lointaines. Dans un dossier italien préparé par R. Beyeler et Marco Longo prend place un article de Robert Pasanisi déplorant l’actuel abandon fréquent d’une quête, celle de la beauté. Heureusement, que de beaux textes évocateurs ! Passelergue cite Vladimir Jankélévitch à propos du prélude musical Des pas sur la neige. Claude Debussy  « immobilise une minute de la vie universelle des choses ». C. Micoski évoque Le chant des pistes le roman ethnographique de Bruce Chatwin. De son côté Luc-Olivier d’Algange s’évade avec La démarche de l’interprétation infinie. La science ne me fait pas oublier de merveilleux poèmes. Je pense à Aristide Nerrière, Jean Biès, Jean Narcisse, Jean Chatard, Simonomis, Charles Vachot, Gilhuette, Béatrice Bonhomme, etc…  Disparu en 2013, à cette époque Michel Michaud finissait l’un de ses poèmes consacré à la Loire par : « Pas à pas sur ma grève, / C’est des soleils de l’eau que la nuit rêve »….

L’injuste milieu est un thème si riche qu’il nous a conduits à un numéro double 58-59. Bien des certitudes me semblant mal fondées, dans ma lettre à un ami très sûr je citais Edgar Morin : « Et la complexité, ce n’est pas seulement penser l’un et le multiple ensemble, c’est aussi penser ensemble l’incertain et le certain ». Les titres choisis par nos amis ne peuvent donc être clairs, puisqu’ils sont des invitations à la complexité, la traduction du choix difficile d’un milieu dans nos démarches. B. Nicolescu nous livre quelques uns de ses théorèmes poétiques sur le tiers secrètement inclus. Avec Un passé, un futur, un ailleurs le physicien Costa de Beauregard ne cache pas qu’il ouvre une boite de Pandore, ce que certains lui reprocheront. Dans son entretien avec Ilke Maréchal, le grand poète Roberto Juarroz insiste : « La poésie doit tenter l’impossible. Elle n’existe pas sans l’expérience de l’opposition possible / impossible ». Patrick Raveau nous explique Les états d’âme d’une physique incertaine un nouveau champ d’inspiration pour le poète. La belle plume de Luc-Olivier d’Algange nous invite à l’Incendium amoris ou l’exaltation des contrastes. M.W.Debono offre ses Pensées liminaires sur l’injuste milieu. C’est avec humour que Gérard Murail raconte ses Rencontres du troisième terme dans un TGV. En mathématicien, Claude-Jacques Willard étudie L’injuste milieu et le nombre. Spécialiste de la culture chinoise Pierre Nogrette ne pouvait manquer d’évoquer L’empire du (poétique) milieu. Ne pas oublier l’entretien  de A.C. Benchelah avec Daniel Sibony sur le concept de l’entre-deux, les textes poétiques de Colette Klein, Franck Laroze, Jacques Cahen, H.Clairvaux, Jean Dubacq, Claude Micoski. Côté poèmes je retiendrai les Élégies de poche de Gérard Murail. Derrière les noms de Rodica Berariu (Draghincescu), de Carmela Moya, de Gilhuette, René Ferriot, Gilles Lades, j’aurais voulu citer les noms de tous nos amis fidèles et talentueux.

Le N°60 s’intitule Lieu poétique 1, et se trouve entièrement consacré à la poésie. Très logiquement Gérard ne veut pas oublier la vocation originelle de phréatique. Reprenant une expérience passée, il dessine un graphisme étrange, ouvrant les portes de l’imaginaire, que nous proposons à tous les abonnés et au-delà sous le nom de poétest. Gros succès qui nous permet de publier plus de cinquante poèmes de qualité, la plupart signés par des poètes confirmés. A ceux-là sont ajoutés quelques textes du comité et les poèmes sélectionnés comme d’habitude parmi les nombreux envois, notamment un manuscrit d’André Chouraqui. Dans Miroirs de poésie notre ami Jean Biès (que nous avons perdu en 2013) ouvre la revue avec quelques réflexions sur la nature de ce qui est pour nous une passion. Je cueille dans ce très beau texte: « Elle est la manière dont le langage s’y prend pour faire sonner le silence sur le rebord des mots. » Fidèle au thème, Couquiaud diffuse son entretien avec Pierre Oster Soussouev, prudent et très discret, qui nous expose cependant quelques aspects de sa démarche « Devenons les dociles arpenteurs de l’universel…. Entrons ainsi très vite dans les délices d’une esthétique de la contradiction…. Il nous faut mener l’aventure du non-dit volontaire…. Dire, d’un nombre réduit de mots, la pure complicité des contraires ». Proche également de Michel Camus et de B. Nicolescu, Pierre Oster n’est pas indifférent à l’idée du Tiers secrètement inclus. Bref ! J’ai constaté plus tard avec plaisir que mon ami a repris cet entretien dans Une machine à indiquer l’univers, un livre publié chez Fata Morgana. Dans la revue, notre photo devant le stand phréatique au marché de la poésie est suivie d’un long extrait de son Vingt septième poème qui commence ainsi : L’univers de nouveau… L’univers de nouveau rime avec le langage.

J’aime beaucoup le N°61. Thème Repos – Répit. Cependant il m’est très difficile de résumer son contenu. Toutes les collaborations sont à ce point poétiques que les titres ne sont guère révélateurs du charme qu’ils annoncent. Sans précision, Gérard Murail propose : En attente de … qui dévoilent son goût pour réunir de courtes et multiples entrevisions : «  Le silence de Dieu finit par assourdir. Alors l’âge est venu de l’écouter par l’intérieur qui se dit for ». Le thème général de ce numéro possède bien des parcours souterrains. Anne-Catherine Benchelah, dans Ma conscience rêve, nous dit « Ma mort est mon rêve ou ma vie est un songe ». A peu près tous les textes en prose planent dans la même élégante imprécision. Je pense à Jean-Noël Sissia (Qui va à l’essentiel n’en revient pas), à Michel Passelergue qui voltige dans la musique, à Colette Klein qui baigne dans une mystique du néant, à Jacques Cahen, à Claude Micoski, à Jean Dubacq, à Henry Clairvaux qui explore étrangement les lits dans les religions du livre, à Marc-William Debono proche des Ophéliennes, à Jean-Marc Philippe qui explique à Ilke Maréchal son rêve d’une dîme pour la protection d’une terre-jardin, à Couquiaud dont les Bancs multiplient les façons de rêver, etc… Que de beaux poèmes ! Claude Vigée, Jean Mambrino, Henry Rougier, Gérard Engelbach, Simonomis, Georges Thinès, Régis Louchaert, Claudine Chonez, Jacques Kober, Serge Meitinger, Jean-Michel Bongiraud, etc. A signaler : Hors-texte : Suspens un tableau de Gérard Murail et plusieurs gravures excellentes de Jean-Martin Bontoux, fréquemment illustrateur de la revue. 

Le thème du numéro double 62-63 Le seuil et l’orée résonne comme un appel à pénétrer dans l’inconnu. Dans Requête le physicien Basarab Nicolescu nous invite à la description quantique et relativiste du monde. Il faut l’admettre aujourd’hui, le seuil quantique est fondateur d’une nouvelle vision de la nature. Fréquentant à cette époque le groupe Kronos, Couquiaud reproduit son intervention devant l’association L’homme et la connaissance «  Le sablier retourné. Le temps … d’un seuil à l’autre ». Ilke Maréchal et Jean-Marc Philippe se placent Àl’orée de l’Outre-Temps musical ainsi que Michel Passelergue à sa manière. L’astrophysicien Jean-Pierre Luminet nous informe des récentes découvertes : planètes extra-solaires, sursauteurs gamma, ou seuil multiforme du neutrino solaire. Encore une fois la complexité ne permet pas de pénétrer ici le seuil du sujet traité par tous les intervenants. Le physicien Etienne Klein se trouve devant Le seuil de création. Bernared Llech devant une Ouverture à l’universel. Le psychanalyste Pierre Solié devant Les seuils d’évolution de la psyché objective. Notons les réflexions intéressantes de Marc-William Debono, Jacques Cahen, Richard Delrieu, Claude Micoski, Luc-Olivier d’Algange, Patrick Raveau etc. Ne pouvant citer tous les bons poètes, je signalerai le long et beau poème de Gérard Murail Mirabilis. Je citerai le très chrétien Jean-Yves Leloup :
Comme j’aimerais que le mot oraison / vienne d’orée
Prier serait alors se tenir / sur le seuil.

Après un numéro double luxueux, voici un numéro 63b, spécial Noël, d’une simplicité angélique. Collaborations des membres du comité. : de Colette Klein, un texte : Poésie et Graal, de Henry Clairvaux, un texte : Déposition d’un chevalier près du temple. De Jacques Cahen, Michel Michaud, Raymond Beyeler, Maurice Couquiaud, Claude Micoski, Carmela Moya, Michel Passelergue, quelques poèmes chacun. Long poème final de Gérard Murail : A cloche pied.
Une couverture de Gérard Murail (maquette pour tapisserie) intitulée Au-delà de la substance.
Hors texte de Gilhuette : Christ au croissant de lune.

64 Le succès du Lieu poétique 1 nous conduit vers un Lieu poétique 2 pour le printemps 1994. La revue s’ouvre sur un texte important de notre abonnée Michèle Finck, maître de conférence en littératures comparées à l’université de Strasbourg, auteur d’un livre intitulé Danse, corps provisoire. Sous le titre L’énigme du sphinx que la danse pose à la poésie, l’auteur exprime son hypothèse en s’appuyant sur de bons exemples : « La modernité cherche à conjurer la crise de la poésie en convoquant à nouveau les modèles consanguins de la musique et de la danse. Comme si l’attouchement entre le mot, le son et le pas dansé pouvait être guérisseur. Il se peut que la blessure du verbe se cicatrise au contact du corps dansant ». Ce n’est sans doute pas un hasard si Gérard a fait suivre ce texte original de son mariage novateur dessins – poésie intitulé Les Dansignes, réalisé chez Sylvia Montfort en regardant travailler le mime américain Carry Rick. A cela s’ajoute un superbe entretien de Catherine Benchelah et Gérard Murail avec Jean Lescure, qui écrit dans son recueil Drailles : « Chaque matin m’étonne / La terre est vraie ». Comme d’habitude figurent les textes et poèmes sélectionnés dans les envois parvenus, ainsi que ceux de certains membres du comité. Un joli petit croquis de Gérard a été largement diffusé précédemment sous le titre de poétest. Excellente réaction. Une cinquantaine de poèmes sélectionnés et publiés. Dans poésie du monde, quelques poèmes d’une jeune roumaine venue depuis en France sous le nom de Rodica Draghincescu, animant en 2014 le site Levure Littéraire. A signaler de beaux tableaux : de Gérard Bouilly, Céelle, Jean-Martin Bontoux, et Gérard Murail (La lampe drapée, Le Cavalier des Maures).

Le numéro double 65-66 a pour thème Le Réel voilé. phréatique : marier l’imaginaire poétique à l’imaginaire de la connaissance, associer l’incertitude du cœur avec celle de la recherche. Le professeur Bernard d’Espagnat, longtemps responsable en France de la physique des particules a bien voulu m’accorder un entretien. Il défend avec vigueur la notion de réel voilé parce que la faiblesse de nos sens et celle de nos instruments nous interdit d’atteindre une réalité véritable trop complexe, hors d’atteinte, englobant la réalité empirique des apparences à notre portée. Chacun de nos merveilleux progrès scientifiques actuels épaissit le voile en le repoussant. « une particule n’est qu’une propriété plus ou moins fugace de la réalité ». Dans un article complémentaire le physicien Etienne Klein le confirme en s’appuyant sur Edgar Morin « nous ne devons reconnaître comme dignes de foi que les idées qui comportent l’idée que le réel résiste à l’idée ». C’est en philosophe que le professeur Gilbert Durand fondateur du Centre de recherche sur l’imaginaire exprime une opinion semblable en disant que pour l’anthropologue le réel a toujours été voilé. De superbes collaborations très diverses vont dans ce sens : Luc-Olivier d’Algange, André Nataf, Jean Biès, Alain Suied, Jean-Paul Corsetti, Zaky Benkiran, Henri Rougier, Anne-Catherine Benchelah, Ilke Maréchal, Claude Micoski, Claude Jacques Willard, Hubert Landier, Georges Sédir, René Ferriot. Le tout accompagné de multiples poèmes, Gabrielle Althen, Colette Klein, Marc Kober, Jean Rousselot, Jean Verdure, Jean Mambrino, Jacques Oriol, Michel Michaud, Maurice Couquiaud, etc. Jean-Claude Renard nous offre un dit d’une mémoire antérieure, Gérard présente un beau Mirabilis 2. Je m’arrête sur le magnifique poème de Claire Laffay, où je n’avais pas su lire que cette amie charmante et discrète annonçait qu’elle allait avancer sa mort. Je meurs au monde / vêtu de lui.

Le numéro 67 a pour thème Le chant des champs. Le physicien Marc Lachièze-Rey ouvre la partition avec Le chant des champs, cantique quantique ? La lumière est un champ quantique, comme le rayonnement, comme la matière : tout est champ ! En sous-titre à des théorèmes poétiques Basarab Nicolescu nous affirme : « La poésie est la suprême approche quantique du monde » Il ajoute «  La vallée de l’étonnement est une vallée quantique : la contradiction et l’indéterminé guettent le voyageur ». Ilke Maréchal étudie avec le psychiatre Stanislas Grof le chant des champs de la conscience. Je fais un peu de même avec un philosophe des sciences Ervin Laszlo A travers un champ universel. La musique est à l’honneur. Dans l’article Quelles musiques pour demain ? le compositeur neurologue Frédéric-André Rosille publie ses Réflexions sur les nouvelles technologies et les nouvelles connaissances sur la perception. Michel Passelergue rapproche l’inspiration musicale de l’inspiration poétique… Surgissement naturel de l’image, ou bien par des voies étudiées ? Opposition entre le chemin d’André Breton et celui de Mallarmé. Anne Catherine Benchelah dans un beau texte sur l’intimité de l’être met La prière sur le tapis en traversant diverses religions. « Prier c’est encore aimer comme on aime en silence ». H. Clairvaux visite différentes sortes de champs jusqu’aux champs d’allégresse. Georges Sédir se promène dans son Champ mémoriel qui est aussi le nôtre, celui des évènements passés et des notions dépassées. C’est une démarche quelque peu semblable qui conduit Colette Klein dans ses Feuilles de route de Juillet 1993. « Il y a en moi du sable qui s’écoule ». Parmi notre récolte de poésie, deux excellents poètes récemment disparus, amis de Gérard, Charles Vachot et Jacques Oriol. A signaler parmi d’autres, un bon poème du physicien Etienne Klein. Alliance réussie ! Hors-Texte : une étude de Gérard Murail et un tableau de Francesco Capello commenté par R. Beyeler pour sa profondeur de champ.

L’année 93 s’achève avec le modeste numéro 67b spécial Noël. Quelques textes et poèmes des membres du comité accompagnés de collaborateurs amis, Martine Couderc, Pierre Esperbé, Henri Descombin. A signaler le Journal phréatique de Catherine Benchelah, De sable et de lumière, où notre amie s’interroge : « Pourquoi cet attrait pour le désert ? ». De Gérard Murail un poème titré Almicantarat et un hors-texte en couleur, Ouverture.

Le numéro double 68-69 Le temps, sa vie, son œuvre est sans doute l’un des plus prestigieux de phréatique. Il prouve que les scientifiques peuvent avoir une âme de poète. Dans son article subtil Question de temps le physicien Etienne Klein cite une phrase du grand physicien Erwin Schrödinger : « Aimez une fille de tout votre cœur et embrassez-la sur la bouche, alors le temps s’arrêtera et l’espace cessera d’exister ». Ilke Maréchal nous offre un entretien important avec le physicien philosophe Carl Fiedrich von Weizsäcker, Plaidoyer pour une logique du temps. Plus loin, sous le titre Temps d’Etoiles-Temps des hommes ou quand les pulsars se veulent première étoile, Ilke Maréchal rend compte d’un spectacle Le noir de l’étoile, inspiré par les pulsars, monté en association par l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet et le musicien Gérard Grisey. Plus loin encore, Ilke propose Figures de temps, un entretien imaginaire avec Marie-Louise von Franz, ancienne collaboratrice de Jung, ayant poursuivi son œuvre. Dans Le temps après le temps Basarab Nicolescu nous offre des théorèmes poétiques supplémentaires. Le biologiste Gilles Eric Séralini se penche sur le temps biologique, Le temps peut-il devenir vivant ? Le physicien Phillipe Blanchard s’interroge sur la vision scientifique contemporaine de L’emploi du temps. Le pianiste chercheur Richard Delrieu présente sa thèse de doctorat sur Le temps culturel et le temps musical. Christiane Holzhey du Groupe neurosciences et Modélisation intervient sur L’énigme du temps. Anne-Catherine Benchelah retrouve l’étonnant Paul Ricoeur avec un riche entretien, Présence sur l’esprit de suite. Jean Biès étudie Fin des temps et doctrine hindoue des cycles cosmiques. De Lorris Murail Les mécanismes et la psychologie du temps dans la science-fiction. Du musicien Michel Moglia Chants thermiques et orgue à feu, les infinies variations de la flamme et du temps. Michel Passelergue s’entretient avec le compositeur Tristan Murail sous le titre Un temps pour chaque son. Toujours marqué par ma présence au groupe Kronos, dans le journal phréatique je signe Les heures glissantes, une tentative pour trouver un accord entre les thèses de Bachelard et de Bergson. Dans Le mont solaire le physicien théoricien Francis Rocard évoque l’installation d’un gnomon (cadran solaire) au mont Saint-Michel. Comme d’habitude, de beaux textes poétiques. Jean Dubacq évoque Le temps, la mort et les autres. Dans Sa vie, son œuvre Colette Klein se présente comme la biographe du temps. Bien entendu s’ajoute un agréable accompagnement de poèmes, nés dans le comité ou envoyés par des amis fidèles. Hors textes d’ Armand Nakache, Martine Couderc, Sonia Achimsky.

Prestigieux pour une autre raison, le n°70 Lieu poétique 3 est entièrement consacré à la poésie. Il est publié avec l’aide du CNL. La revue s’ouvre sur un beau texte de Luc-Olivier d’Algange, Entretien sur la France aurélienne. Comme l’explique l’éditorial de Gérard Murail, le soutien moral de Georges-Emmanuel Clancier nous a permis de reproduire quarante ans plus tard l’expérience que celui-ci avait menée à bien en 1954 : réunir dans un manuaire les poèmes manuscrits de 24 excellents poètes. Doublant le nombre des signataires, audacieusement, l’équipe du comité et quelques collaborateurs ont osé se mêler à de nombreux poètes contemporains renommés, espérant se montrer dignes de leur confiance et de leur amitié. Se livrant ensuite à un beau travail de mémoire Michel Michaud et Eugène Beaumont, président fondateur du Prix de la Rose d’or de Doué la fontaine, après avoir fait l’historique du Prix, présentent tous les poèmes couronnés chaque année depuis 1963 jusqu’en 1994, année de parution du présent numéro. Michel Michaud, Colette Klein et plusieurs amis collaborateurs figurent parmi les lauréats. Une photographie de Martine Couderc a été présentée précédemment pour le poétest traditionnel. Celui-ci a reçu le succès habituel, suscitant de nombreuses participations. Dans Rendez-vous pour des parallèles Jacques Cahen s’interroge sur le lieu poétique. A signaler une étrange poégraphie de Martine Gade et Buddy Kring, Au pays de Lu. Une autre est signée de Raymond Beyeler Epreuves d’artiste avec remarques. Colette Klein nous offre un texte poétique transparent Noces de cristal accompagné d’un hors texte en couleurs, Somnolence. Le journal phréatique d’Henry Clairvaux devrait faire date dans la mémoire des parisiens. Ayant vu que des travaux défonçaient le sol de la place Baudoyer, derrière l’Hôtel de ville, notre ami remarqua que les ouvriers s‘apprêtait à enfouir des pirogues et des pierres tombales exhumés précédemment. Dans l’urgence, il remua ciel et terre dans les media et fini par obtenir un délai permettant de sauver quelques trésors archéologiques. A noter pour l’avenir, l’entrée discrète de Gilhuette, poète et peintre, au comité de lecture

Pour le thème A-côtés du N°71, ma préférence pourrait aller vers un dossier non signé intitulé La femme d’à-côté d’Adam, composé de citations accompagnant quelques gravures de Rainer G. Mordmüller… préparation de Gérard Murail, c’est vraisemblable ! Certitude, les nouveaux Dansignes sont bien de lui. Dans son journal phréatique intitulé Adjacent Raymond Beyeler semble avoir semé un grain de folie poétique et sympathique. La qualité générale des poèmes sélectionnés est constante, avec la présence de Rabah Belamri, Annette Blier, Michel Michaud, Michèle Finck, Guy Valensol, etc.

Le numéro 71b de fin d’année ne possède pas de thème particulier. Il se compose donc d’une petite série de textes et de poèmes signés par quelques membres du comité ou des collaborateurs habituels. S’y ajoutent des stances de Laurent de Médicis (traduites par Christiane Bronner et Raymond Beyeler) accompagnées par une gravure sur bois de la renaissance italienne. Du poète anglais Swinburne, un beau poème à la mémoire de Baudelaire. De Gérard Murail Décollages, une suite de poèmes inspirée par un groupe de photos indéterminées. Un petit dossier célèbre le Grand Prix des sciences de France 1994 décerné au Professeur Yves Coppens, l’un des découvreurs de notre ancêtre préhistorique Lucy.

Publié avec l’aide du CNL, le thème du n°72 était sans doute excellent, Désert Désir.. L’ensemble des collaborations me comble aujourd’hui de plaisir. Notre amie Catherine Benchelah y a fortement contribué grâce à trois entretiens. Marceau Gast son premier interlocuteur a été, de 1950 jusqu’en1956, instituteur nomade chez les Touaregs du Hoggar et du Tamesna au Niger A l’école du désert. Témoignage poignant d’humanité et de compréhension. Une foi parfaite dans le métier d’enseignant. Modestie, « On apprend l’humilité » dit-il. Deuxième entretien avec Philippe Frey un nomade blanc, ayant parcouru de multiples déserts dans le monde et parcouru le Sahara de la mer rouge à l’Atlantique. Troisième entretien avec Hosseini Ayoub etMohamed Akotey, deux enfants du désert qui témoignent de leurs parcours différents. Pour clore la contribution de Catherine, un poème « … Le désir de paix vient s’unir à la voix du désert ». D’autres entretiens ! Celui de Ilke Maréchal avec le romancier, essayiste, philosophe Michel Cazenave La poésie, efflorescence entre deux néants. Celui de Catherine Parias avec l’infatigable Théodore Monod La soif du désert. Michel Random, écrivain, poète et cinéaste, nous offre de superbes Réflexions sur le désert des sources. De Colette Klein, une belle Confession biographique selon Saint-Antoine. De Jean Biès Traversée du désir, étude subtile et bivalante. Je cite « La plainte et les rumeurs de sable sont le chant bourdonnant des sirènes de la terre ». Parallèlement, Claude-Henry du Bord, devine une double attirance Deux pôles magnétiques. De Jean-Jacques Méric Au-delà du désert : le vide. De Henry Clairvaux, un récit imaginaire L’expéditions du Tarnim Sin’Boz’il. Une australienne Mary-Ann Runciman accompagne en poésie son oeuvre hors texte en couleur. Dans Un journal de sable et d’oubli, sept jours dans les déserts du temps Michel Passelergue nous entraîne dans son passé. Raymond Beyeler a photographié deux oeuvres étonnantes du sculpteur Ipoustéguy et les associe à un poème en prose. De son côté, ayant participé en novembre 1994 au premier congrès mondial de la transdisciplinarité au Portugal et à la rédaction de sa charte avec les personnalités présentes, comme Basarab Nicolescu, Edgar Morin, Michel Camus, Michel Random et le poète Roberto Juarroz, Maurice Couquiaud en a ramené le texte fondateur, ici publié. Figure à ses côtés sa communication lors des séances communes Du mirage à la source, très inspiré par le merveilleux roman Citadelle de Saint-Exupéry. D’excellents poèmes accompagnent l’ensemble : André Chedid, Claire Laffay, Martine Couderc, Jacques Kober, Carmela Moya, Jean-François Roger, Henry Rougier, Murielle Compère, Patrick Raveau, Michel Lucarelli, etc. L’éditorial, non signé, était sans doute de la plume de Gérard Murail, comme la note accompagnant le tableau de Armand Nakache, La planète mars.

Selon une habitude maintenant établie, le N°73, Lieu poétique 4, publié avec l’aide du CNL, est entièrement consacré à la poésie. Gérard Murail ouvre le festin poétique avec Le miel du rocher, un long poème composé de courtes entrevisions. Jérôme Game nous offre ensuite un cheminement dans Le geste littéraire. Il s’appuie sur un témoignage de Fernando Pessoa «  La littérature, comme toute forme d’art, est l’aveu que la vie ne suffit pas. ». Vient alors la nécessité d’un cri humain, universel à l’espèce. Le geste littéraire est un formidable outil de compréhensiondu destin de l’être. Notre complice Ilke Maréchal, animatrice sur Radio Aligre, nous résume une heure d’entretien avec le grand poète Roberto Juarroz qui explique : « L’image dans la poésie est faite avec de la pensée inespérée ». Très sagement Michel Random, nous indique ses Préceptes des évidences .Bernadette Engel-Roux nous invite à deux belles promenades poétiques. Serge Brindeau multiplie des Variations sur le nom de lieu. Professeur de français, Serge Meitinger a réunis des Notes sur le champ poétique. Il sait fort bien le cultiver. Autre étude intéressante de Frédéric El Bekkay, Logique et correspondance, passantd’une logique poétique à la logique de notre univers. Avec humour, Colette Klein imagine un Entretien avec Emmanuel Godeau. A ces textes sont ajoutés un grand nombre de poèmes : Hédi Bouraoui, Pierre Dhainaut, Marc-William Debono, Daniel Martinez, Katy Verny-Dugelay, Guy Chaty, Jean Dubacq, Hubert Arger, Lydia Claude-Hartmann, Werner Lambersy, Ilke Maréchal, Georges Sédir, Claude–Raphaël Samama, etc. Le poétest portant sur une étrange sculpture en bois flotté de notre amie Gilhuette a suscité encore une fois pas loin de 50 poèmes sélectionnés. La belle plume de Pascal Brunet nous offre un beau journal phréatique daté de l’été 93 à Ankara, puis à Saint Briac, qui se termine sur ces mots : « Alors le paysage d’outre paupière descend sur le sable et l’on ne voit plus rien. »

N°74-75 Publié avec l’aide du CNL, un numéro double plutôt complexe : Métamorphoses Anamorphoses. Après 4 beaux poèmes de Jean Rousselot, Ilke Maréchal s’entretient avec le préhistorien Denis Vialou. Comment l’homo habilis est-il devenu l’homo sapiens. Comment s’est effectuée l’ouverture intellectuelle au symbolisme ? Denis Vialou semble privilégier le passage par l’attrait de la parure. Dans Un espace des espèces, l’écrivain scientifique Nicolas Witkoski remet au goût du jour, de façon durable et justifiée, les anciens travaux de D’arcy Wentworth Thomson sur la croissance des formes. Pourquoi la chute d’une goutte d’encre dans l’eau donne-t-elle une structure analogue à celle d’une méduse ? La nature utilise un nombre restreint de formes génériques. La question passionne encore les plus éminents chercheurs. Directeur  au CNED, Jacques Perriault étudie la forme évolutive et redoutable de Lilith, première femme d’Adam, un monstre dans l’imaginaire de diverses mythologies. Jacques-Séverin Abbatucci, professeur de cancérologie, s’interroge, La singularité humaine était-elle attendue ? Admirateur de Teilhard de Chardin, c’est un homme de science qui écrit « Le dernier mot appartient à l’esprit. ». Dans L’évolution aujourd’hui et la philosophie réaliste, Patrick Chalmel de l’université Pontifical Saint Thomas d’Aquin rejoint sans surprise la pensée du professeur Abbatuci. Un poème de Michel Michaud rend aussitôt grâce au grand Maître de Métamorphoses. Le chercheur biologiste Gilles Eric Séralini s’interroge : « De fait nous n’avons aucune preuve scientifique que le hasard puisse constituer le moteur de l’évolution ». Mystère ! Responsable de la rubrique musicale Michel Passelergue évoque, entre autres, Beethoven et ses 33 variations sur une valse de Diabelli, ainsi que les variations op. 27 de Webern… Un inépuisable transformisme des notes. Le sérieux Michel Camus n’hésite pas à nous livrer de sulfureuses métamorphoses érotiques. Anne-Catherine Benchelah s’entretient avec Jacques Figony sur la passion de celui-ci, Le livre des changements, Le Y King ou le réel en résonance. Henry Clairvaux évoque une métamorphose de la pensée en théologie à propos de Dieu. Claude-Gilbert Dubois, directeur du centre de recherches sur l’imaginaire à Bordeaux III, étudie Les métamorphoses de l’anamorphose. L’artiste, dans l’exploitation des seules règles de l’art, prétend aller jusqu’au bout de sa magie artificielle pour produire des effets merveilleux. Dans Qu’est-il arrivé à Gregor Samsa Raymond Beyeler s’interroge  sur le destin du héros de Kafka dans La Métamorphose. En charge du journal phréatique, Couquiaud ausculte les Métamorphoses du silence, au sein de l’incertitude et du mystère qui l’habite, celui du silence de Dieu. Tous les textes cités ici bénéficient d’un bel accompagnement de poèmes et de hors textes divers. Gérard Murail en particulier publie un dossier poégraphique important, pouvant paraître prémonitoire, Le noir saisit le blanc. Il a fallu un grand courage à notre ami pour mettre en pages ce double numéro après le décès de Maïté Barrois le 1er Juin 1995 à l’âge de 73 ans. Son ancienne marraine de guerre était son épouse depuis 51 ans. Gérante de la revue, présente aux réunions, elle suivait de près nos parutions, corrigeaient les épreuves, surveillaient les finances, participait aux démarches avec compétence et gentillesse. Un petit dossier photographique lui rend hommage dans les dernières pages,… ses derniers mots tracés étant des mots d’amour. A partir de cette date Pierre-Michel Robert, époux de Marie-Laure Murail, assure la gérance de phréatique.

N°75 bis, Hiver 1995. Spécial Noël. D’abord quelques poèmes signés par les membres du comité et Martine Couderc. De Gérard Murail, un poème Espaces Tempes. Se trouvent ensuite réunis des poèmes ayant pour auteur des poètes récemment disparus, ayant collaboré à phréatique à des degrés divers : Charles Bory, Claire Laffay, Camille Lecrique, Jean Loisy, Jean-Marc Olingue, Jacques Oriol, Jacques Arnold.

N°76. Les cordes. Ilke Maréchal et l’astrophysicien Hubert Reeves s’entretiennent Pour nouer Sciences et imaginaire en examinant les récentes théories Cordes et Supercordes. Ces recherches fondamentales de la physique quantique bouleversent la vision traditionnelle de l’univers en supposant l’existence d’un nombre de dimensions encore indéterminé. Ce n’est plus la particule qui serait élémentaire mais la corde. Le problème demeure au XXIème siècle. Claude-Jacques Willard voit dans le Moi subliminal le fil d’Ariane conduisant à la découverte, fruit de l’imagination créatrice de son auteur. Dans Nœuds impériaux Georges Thinès professeur d’anthropologie évoque le fameux Nœud Gordien, à l’entrelacement imperceptible et si mystérieux que le grand Alexandre dut le trancher de son épée. Notre ami le loup de mer scientifique Yves La Prairie ne pouvait manquer de nous présenter quelques nœuds marins comme le fait plus loin Henry Clairvaux. De son côté, Anne-Catherine nous présente Salvador Bugallo-Valdes acrobate sur corde volante. Colette Klein présente un texte étrange et coquin où les cordelettes aident au plaisir. Dans Lien, amour et dénouement Couquiaud livre quelques sourires. Raymond Beyeler nous présente un gratte-ciel couché, La corderie royale de Rochefort dont l’histoire nous est contée avec talent par l’écrivain Erik Orsena. Il fallait évoquer la corde du pendu, Camille Aubaude s’en charge avec Fibromyalgie, sous la protection du malheureux Gérard de Nerval. Deux chapitres réussissent de bons assemblages de poèmes sélectionnés. Gérard Murail compose un dossier de Cordes sensibles où des cordelettes lovées de multiples façons suscitent différents poèmes. Dans le journal phréatique Ilke Maréchal rend compte de son voyage à Tokyo et de sa présence au colloque Science et Culture : un chemin commun vers l’avenir, organisé par l’Université des nations unies et l’Unesco. Elle assiste à des séances ou tables rondes auxquelles participent des amis de phréatique comme Michel Random ou Edgar Morin. Ceci nous permet de publier la déclaration finale, le Message de Tokyo. Celui-ci, comme un appel à la tolérance, souhaite une nouvelle ère des lumières. Les préceptes holistiques qui découlent naturellement des nouvelles connaissances scientifiques, associés à une remise en honneur de certaines conceptions traditionnelles, pourraient servir de base à l’instauration d’une paix perpétuelle. Une démarche, semble-t-il, conforme à celle des poètes de la revue.

Sous le N°77 se trouve le Lieu poétique 5 qui nous apporte des vagues de poésie. Raymond Beyeler commente d’abord la belle couverture de Colette Klein. Plus loin, il se laisse prendre par le charme d’un bois flotté de Gilhuette. Michel Passelergue livre trois lettres mélancoliques à un poète disparu. Serge Meitinger aborde La question du livre pour conduire au recueil. Les photos d’une vieille maison et de son jardin remuent la mémoire de Martine Couderc. Une belle idée inspire à Gérard Murail un étrange dossier poégraphique. Un couple dessiné par des mots composés de petites lettres semble s’animer en disant des poèmes d’amour. Dix idylles pour mémoire. Excellent ! Eparpillé se trouve un grand nombre de poètes que je ne peux tous citer, depuis Eugène Michel à Jean-François Roger ou Max Alhau, de Camille Lecrique à Gérard Bayo en passant par Didier Champion, Guy Valensol, Michel Pierre, Maurice Lestieux ou Simonomis. Encore un poétest à succès. Nous avions proposé les dernières paroles énigmatiques de Goethe : Plus de lumière ! Une belle exploration de l’ailleurs inconnu par de nombreux participants ! Dans son journal phréatique Printanières, Henry Clairvaux semble visiter son internet mental et se promène sans but défini à travers le temps et l’espace. Ce que fait également le dossier Poésie du monde où se trouve un entretien de Carmela Moya et Claude Micoski avec le poète irlandais Seamus Heaney, prix Nobel de littérature. Visites poétiques de Sanda Stlolojan la roumaine, de Huguette Bertrand et Anne Peyrouse du Québec, Mohamed Touati d’Algérie.

A la dernière page se trouve l’annonce d’un deuil et un dernier hommage à Patrick Aimedieu emporté par la maladie dans sa 51ème année. Spécialiste de la physique et de la chimie de l’atmosphère, nous nous souvenons de ses interventions télévisées aux côtés d’éminents collègues scientifiques. Ce savant de réputation internationale se passionnait pour toutes les formes d’expression artistique. Sa présence garantissait notre sérieux pour aborder les recherches contemporaines venant modifier notre vision de l’univers, les données de l’intuition et celles de l’inspiration. C’était un ami véritable, d’une droiture parfaite et d’une bonhomie sans failles.

N° 78-79 .L’épreuve des forces. D’une île grecque Basarab Nicolescu nous envoie une lettre  sur les forces dont nous ne sommes pas les maîtres. « L’épreuve du temps est d’abord tout cela : aller au-delà des contraintes du soi et du monde ». Autre fondateur du CIRET, René Berger s’enflamme  contre les forces qui ravagent le monde, certaines étant nouvelles comme la force économique. Il en appelle à la force nouvelle de la communication. Pour Dominique Temple dans L’épreuve de Non-Force, tout dans l’univers, dès que l’on approche sa structure fine, oscille entre le contradictoire et le non-contradictoire. Claude-Gilbert Dubois, professeur à Bordeaux III, nous offre une belle étude philosophique et poétique sur l’épreuve de force entre l’ombre et la lumière Nox-Lux. Le psychophysiologiste Jean-François Lambert oppose dans le titre de son article remarquable De l’épreuve de force à la force de l’épreuve. Une remarque me parait importante pour suivre le cours de sa pensée et celui de la pensée en général : « La force n’est pas objectivable, seuls ses effets le sont ». Dans son intervention Temps, épreuve, forces le physicien Gilles Cohen-Tannoudji attire notre attention sur la notion de champ de force, en particulier sur le champ quantique dans un univers où se multiplient les interactions, où les forces subissent l’épreuve du temps. C’est sans doute un peu ce qui pousse Henry Clairvaux à constater la fin du règne des déesses-mères. Michel Passelergue cherche dans L’épreuve des mots la force de dire. Michel Camus s’étonne avec La lutte magique des contraires. : « Dans l’épreuve des forces la question se pose de savoir Qui ? éprouve Quoi ? et quel est le sens de l’épreuve ». Michele Finck unit ensuite Forme et force de la musique et note l’aptitude de la force sonore à unir les contraires. Selon V. Jankélévitch « La coïncidence des opposés est le régime quotidien d’une vie pleine de musique ». Kathryn English associée à Raymond Beyeler pénètre la Force métaphorique à l’épreuve dans Internet. Marc-William Debono étudie Les grandes épreuves de l’esprit ou La conscience imaginale. Sous le titre L’attelage ailé Luc-Olivier d’Algange réunit des notes sur la force subjective des mythes, des Dieux et des symboles. Revenant d’Asie, pour le journal phréatique, comme Claude-Gilbert Dubois, personnellement épris de lumière, Maurice Couquiaud s’est laissé envahir par sa lutte avec l’ombre sous le titre La pulpe de la nuit. A tous ces articles sont associés de nombreux et beaux poèmes ou textes poétiques comme ceux de Colette Klein, Jean Rousselot, Marcel Rist, Edouard-J. Maunick, etc.

N°79 bis de Décembre 96, numéro modeste de fin d’année. Une nouvelle expérience. Un poète livre à sa plume ce que lui inspire une sculpture. Exemples : Colette Klein contemple un bois flotté de Gilhuette, Gérard Murail un bronze de Louis Chavignier, Jean Dubacq des terres cuites de Fanny Ferré, etc. En quatrième de couverture photo-poème de Gérard Murail, Plan d’eau.

Numéro double 80-81 Exceptionnel. Thème Europages En ce printemps 1997, nous célébrons les vingt ans de phréatique. Dans un court éditorial, Gérard se félicite de l’évolution de la revue, fidèle à sa vocation poétique, justifiant à la fois son sous-titre Langage et création et travaillant au repeuplement de l’imaginaire véritable, l’imaginal. Selon notre optique transdisciplinaire et transculturelle il nous a semblé bien d’ouvrir un peu plus nos pages à l’Europe elle-même ouverte aux courants d’air planétaires. C’est dans cette logique  que Michel Camus en a fait une nécessité, Une question de vie ou de mort. Quelques poèmes de Sadi de Gorter, Néerlandais, délégué permanent auprès de l’UNESCO, sont les bienvenus. Henry Clairvaux fait de l’Europe la Rift Valley des arts, de la pensée et des lois. Ilke Maréchal s’entretient avec Michel Cazenave sur La mystique rhénane ou la pénétration volontaire de la Tenèbre divine, un courant ancien mais profond de la pensée européenne. Magdalena Nowotna, maître de conférence à l’INALCO, nous offre une belle étude sur la poésie de Wislawa Szymborska, prix Nobel de Littérature 1996, accompagnée par quelques poèmes qu’elle a traduits. Dans L’Europe et la perspective l’écrivain Pierre Le Coz, spécialiste de Vermeer, nous démontre que la perspective, véritable essence de la peinture, serait en quelque sorte une invention chrétienne du quattrocento. Cézanne se trouverait à la charnière d’une nouvelle époque, celle du plan, avec un nouvel avenir. De son côté Stefan Mehring démontre l’importance de L’art du discernement chez Ernst Beyeler l’étonnant découvreur des plus grands représentants de l’art moderne. Notre ami Raymond Beyeler a obtenu de lui et de sa galerie la permission de reproduire sur notre couverture un tableau de Pablo Picasso Corrida. L’article de Jacques Monnier-Rabal, directeur de l’école d’Art de Lausanne, D’un imaginaire l’autre, parvient à m’inquiéter encore. Grâce aux techniques contemporaines, l’apparition du moindre mythe possible tombe vite dans la démonstration. « Ne devenons-nous pas des assistés de l’imaginaire à l’instar des assistés cardiaques ? ». Colette Klein personnalise Europe fugitive dont les rêves ressuscitent Hitler et Nosferatu. La pauvre Europe sait que Novalis et le poème pourrait sauver le monde, mais elle se réveille dans la tourmente. Carmela Moya, notre amie irlandaise, associe Mythologies et Celtitude pour démontrer l’importance dans les mythologies européennes du peuplement celte dispersé. Charles Dobzynski se fait le chantre d’une autre langue dispersée, Le Yiddish, langue de poésie. Dans un texte plus que nostalgique, douloureux, le poète raconte la naissance d’une langue née d’un dialecte allemand plongé dans le moule de l’alphabet hébreux, devenu le langage vernaculaire des juifs établis en Europe,… c’est-à-dire d’un peuplement étouffé par la shoah et les chambres à gaz. Toute une poésie traduisant l’âme d‘une triste errance risque de s’effacer lentement par manque de locuteurs. Le poète roumain Horia Badescu raconte Le mythe de maître Manolé ou l’immanence du tragique. L’architecte doit sacrifier son épouse et finalement lui-même pour achever un monastère, son chef d’œuvre. A une Europe en train de devenir elle-même, le mythe apporte ici l’exemplarité de quelques questions nécessaires. Anise Koltz, poète luxembourgeoise, analyse La littérature du grand-duché où l’écrivain se trouve appelé par les trois langues qu’il parle, le luxembourgeois , le français et l’allemand, trois terrains linguistiques bien difficiles à conquérir pour des raisons différentes. Dans L’or du Rhin et son plomb secret Serge Meitinger s’efforce de démêler les traces de la romanité et de l’hellénisme dans la germanité du mythe wagnérien. Autre vision du mythe à partir d’une ancienne légende islandaise, François Emion, docteur en scandinave nous propose Du meurtre de la loutre à l’or du Rhin. A partir de Trois gravures de mélancolies, œuvres de Albrecht Dürer, Michel Passelergue nous propose trois poèmes et Sophie de Bussière trois commentaires parfaitement documentés. Professeur de littérature allemande à Paris XII, Erika Tunner nous raconte la belle histoire d’Ondine, Echec ou triomphe, inspiratrice non seulement de Giraudoux mais de grands écrivains et musiciens germaniques. L’ambassade de Roumanie ayant organisé un colloque sur le thème Le modèle spirituel et l’avenir de l’Europe, a eu la gentillesse d’inviter Maurice Couquiaud. Enfant pendant la guerre, je me devais de faire appel lors du débat final à la tolérance spirituelle dans un renouveau de l’amitié franco-allemande, sous le titre Adresse aux nouveaux orpailleurs. Professeur à Rennes II, Etienne Galle associe La glaise et le galet, William Blake et l’imagination de l’infini. Il cite le grand poète : « Le corps éternel de l’homme est l’imagination… Le cheminement à l’infini est la marche des contraires ». Michèle Duclos nous offre une excellente étude sur Les Symbolismes en Angleterre. Blake, Yeats, Kathleen Raine,… notre amie sait tout ! Jacques Cahen plaide Pour une Europe de l’émotion. « Pourquoi faudrait-il renoncer à inventer des légendes ? » N’oublions pas des textes comme Quelques nouvelles de l’au-delà  de Werner Lambersy, les beaux poèmes de ce numéro exceptionnel et leurs auteurs :  José maria Alvarez, Luc-Olivier d’Algange, David Maria Turoldo présenté par Marco Longo, Federico Mayor (directeur de l’UNESCO à Paris), etc. A signaler pour finir, un travail de plume, de photographie et de poésie, mené à trois pour constituer une poégraphie, de Gérard Murail, Gérard Lelong, Raymond Beyeler, le tout suivi par un dessin de Gérard, L’éveil d’Europe

N°82 Lieu poétique 6. Comme d’habitude entièrement consacré à la poésie. L’article de Michel Camus Paradigme de la poésie repose sur un constat contemporain dans un monde changeant «  il existe une infinité de niveaux de vérité et de complexité de la poésie, une verticalité des niveaux de perception de la poésie, une pluralité de directions de recherche, une multiplicité de formes d’art poétique »… Référence à Basarab Nicolescu :« Le paradigme de la poésie transculturelle, c’est avant tout la nécessité de l’éveil de l’homme à ce qui le fonde, à ce qui le traverse et à ce qui le dépasse ». Suit une très belle poégraphie Figuier maudit, inspirée à Gérard Murail par une anse Martiniquaise. A signaler un article de Jean-François Roger D’encre, entre les plis du silence « Le poète n’écrit que dans les marges du silence ». Une étude de Serge Meintinger s’intitule Via negationis, tendance rapports poésie philosophie. Serge Goudin-Thébia commente deux photos de Monique Mirabel. Colette Klein signe une importante poégraphie. De Laurence Bougault, docteur ès-lettres, une étude apportant des éléments pertinents de distinction entre Rhétorique, poétique et poésie. Entre les articles viennent de remarquables textes poétiques et des poèmes signés Bruno Lesage, Michel Gabet, Jean-Paul Galibert, Claude Raphaël Samama, Gilles Boussois, Cedric Demangeot, Olivier Domerg, Anise Koltz, Eugène Michel, Jean-Marc Debenedetti (accompagné de ses sculptures), Michel Passelergue, Carmela Moya, Gabrielle Althen, Annette Blier, Guy Chaty, Rodica Draghincescu, François-Michel Durazzo, Pierre Esperbé, Daniel Martinez, José Millas–Martin, Patrick Raveau, Simonomis,etc…. Un poème de Maurice Lestieux présente un bel hommage à un ami des poètes de la revue, récemment disparu, le grand poète, critique, conférencier, Serge Brindeau… Un fou de poésie… Gérard ajoute un frère,…. dont nous reproduisons quelques poèmes, dont l’un manuscrit. Le poétest portait cette fois sur une phrase de Philippe Delaveau : La musique toujours nous parle de notre vraie patrie. Encore une fois, nombreuses et belles réponses. Le journal phréatique est rédigé depuis Ankara par Pascal Brunet Esquisses d’une présence.

N°83 La base et le sommet. Jean de la Ferté livre un texte fantaisiste sur le thème choisi, allant de l’échelle de Jacob jusqu’au Char céleste. Paléanthropologue, Anne Dambricourt, contre vents et marées, s’oppose toujours dans Chutes et mémoires aux intégristes de la création directe et au néo-darwiniens en proposant une alternative objective qui respecte la nature humaine et ses grandes intuitions spirituelles ou religieuses, ainsi que l’évidence d’un lien de parenté entre les fossiles. Genèse de l’être ! Pour sa part, Jean Moisset propose une Hypothèse sur l’évolution de l’univers, envisageant la formation finale d’une supra conscience. Claude-Gilbert Dubois, directeur du centre de recherches sur l’imaginaire à Bordeaux, se penche avec discernement sur les fondements mythiques de la dialectique Base / Sommet sous le titre Les triangles de Babel. Philippe-Henri Morbach, directeur du musée de la Grande Loge de France, évoque l’œuvre du peintre Armand Nakache trouvant son inspiration dans le Corpus hermeticum d’Hermès Trimégiste. « Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut  ». Le mathématicien poète Guy Chaty, après une belle leçon sur La base en géométrie nous enseigne brièvement l’érotisme des lignes. De Bruno Ehret Statues de glace. Historien d’art et peintre Gérard Masson titre son important article L’unité dialectique de la base et du sommet à travers l’art permutationel. Avec Abeilles d’Or  Luc-Olivier d’Algange propose des Notes sur l’alchimie et l’inspiration romantique, hauteurs et profondeurs. L’ensemble du numéro est constitué de poèmes et de réflexions poétiques sur le thème général ; Colette Klein évoque La pyramide des âges, Max Alhau L’enclos, Marc-William Debono Tenter de gravir, Henry Raynal Coexistence du trop et du pas assez, Michel Passelergue L’arbre et la pyramide, Maurice Couquiaud Recherche de la profondeur et de l’infini, Guy Valensol Marrons glacés. Gérard Murail associe son poème Charnière du salut à un bel hors-texte en couleurs Vers le corps glorieux. Citons en désordre, parmi d’autres, quelques poèmes de Ilke Maréchal, Serge Meitinger, Carmela Moya, Marcel Rist, Henry Rougier, etc. Sans titre, l’excellent journal phréatique est signé par Bernard Llech. La conclusion de ce numéro démontre notre tristesse à la suite du décès de notre ami du comité le docteur Cahen. Alain Bosquet avait donné pour titre à sa préface de L’infatigable ailleurs, son quatrième recueil : Jacques Cahen, ou l’absolu est une interrogation.

N°83 bis. Thème Le vis-à-vis ; nouvelle expérience pour ce petit numéro de fin d’année. Chaque poète se trouve associé par son poème à une œuvre artistique contemporaine ou ancienne. Exemples : Les miroirs, un texte du roumain Petru Cretzia associé à un autoportrait de Jean-Pierre Alaux, un tableau de Gilhuette associé à un texte de Jan Scot Erigène, des poèmes de Gérard Murail associés à des dessins de Armand Nakache, un texte de Michel Passelergue face à une gravure de Jean-Martin Bontoux, etc…

N°84  Thème Le mot analogue. Il me parait bien d’évoquer en premier l’article de Georges Sédir Quelques points de vue sur l’œuvre de René Daumal. Il est évident que ce nouveau thème de la revue nous a été inspiré par le roman inachevé de René Daumal Le mont analogue. Je veux espérer que phréatique a conduit nombre de ses abonnés à lire ce poète remarquable sans oublier son recueil Contre-ciel. Serge Meitinger a choisi pour titre La rime et la raison ou y a-t-il un démon de l’analogie ? Bonne remarque préalable pour les poètes : comme Mallarmé, ne pas faire de rimes sans raison. Mais il faut aller plus loin. Le météorologiste Wegener ayant remarqué la correspondance complémentaire des formes entre la côte africaine et la côte américaine, a découvert et proposé la théorie sur la dérive des continents. C’est un démon de l’analogie qui nous pousse à la découverte. « Une rime sans raison est une rime pour l’œil ». Ainsi Michel Passelergue observe également Le démon de l’analogie et l’ange du bizarre. En bon scientifique, le poète Marc-William Debono relève Aux frontières du discernement les dangers des associations abusives. Michel Camus cherche Les clefs de l’analogos chez quelques poètes vivants, fussent-ils morts. C’est le sens qui génère le signe. Gravir le mont analogue correspond à l’expérience intérieure qui permet d’exister. De Serge Goudin-Théba, en accord, un beau texte poétique Ces signes qui font sens. Dans Cendres et Diamant Pascal Sigoda nous propose une étude bien documentée sur l’œuvre de Daumal. Seul reproche : ne pas avoir évoqué Poésie noire et Poésie blanche qui démontre que le poète n’était plus très loin du sommet, où la neige est blanche. De Gilles Boussois peu optimiste Par monts et nappes. En plus de la couverture, le peintre Philippe Lejeune nous offre un beau tableau associé à un texte poétique bien adapté L’art sacré et l’art religieux. De Dominique Bertrand L’homme analogue. « Le geste analogique est celui de la couturière rêveuse qui fait, d’étoffes éparses, le vêtement de noces de la Parole ». De Claude-Raphaêl Samama Nos paroles. « Ma parole tu es ma gondole ou mon cuirassé » Dans Boulevard des ananimalogies Henry Clairvaux observe lui aussi, avec Geoffroy Saint-Hilaire, que l’analogie peut devenir instrument de découvertes. Avec justesse, Jean Moisset voit dans Les fractales, de merveilleuses analogies. Hubert Arger titre Le soleil : symboles et civilisations et remarque l’ancienneté de la ligne esthétique S retenue comme symbole solaire. Michel Grangier soulève L’énigme du « Déjà-vu » déjà vécu, déjà entendu, problèmes pour les professionnels de la santé mentale. Les poèmes sont répartis au sein de la revue : Francis Goffinet, Jean Rousselot toujours fidèle, Michel Michaud, Seloua Boulbina, Colette Klein, Michel Passelergue, Robert Chanal, Bruno Lesage, Daniel Martinez, etc.. Gérard Murail unit son poème Élégies de poche à son tableau hors texte Coup de lune. Le journal phréatique revient à Couquiaud sous le titre Échos de la ressemblance. Dans un dossier Masculin / féminin analogues le philosophe Henri Mongis, ami de Gérard, titre son étude très approfondie Lumière et intériorité : le sens du féminin. Il s’appuie notamment sur les textes bibliques et le Zohar : « L’homme n’est à l’image de Dieu que quand le masculin est uni au féminin ».Bonheur ! Je pourrais même de nos jours étendre cette idée à l’union de l’animus avec l’anima. Hélas ! La revue déplore un nouveau deuil dans les rangs du comité. Carmela Moya, poète charmante et de talent, d’origine irlandaise, nous a quitté ces derniers jours après avoir lutté longtemps contre la maladie.

N°85 Lieu poétique 7. Entièrement consacré à la poésie. De Pierre Perrin, une belle étude sur L’écriture. « Le poète ne triche ni ne ment qui propose un échange sans attendre de réponse ». Une autre étude de Olivier David multiplie les perspectives Au lieudit du non-lieu. Suivent de nombreux poèmes et textes poétiques signés par les membres du comité ou sélectionnées parmi les envois. Difficile de mentionner tous les participants. Je citerai cependant le poème de Claire Laffay qui nous a quitté en 1995 La maison du père ainsi que le poème de Gérard Murail associé à deux dessins, Carnet de veille. Le poétest habituel recueille cette fois encore nombre de bonnes signatures autour du dessin inspirateur réalisé par Gérard. Poète talentueux, Bernard Jakobiak nous offre ensuite un bon journal phréatique. Il revenait à Michèle Duclos de préparer un hommage à son amie Carmela Moya, disparue en février 1998, dont elle a traduit certaines œuvres en français. Elle nous en propose ici plusieurs exemples, inscrivant l’auteur dans la grande veine romantique d’une éternelle interrogation cosmique et éthique sur l’ambiguïté fondamentale des valeurs.

N°86 Sacrés breuvages. Sous le titre A la source de Mnémosyne, Luc-Olivier d’Algange souhaite nous donner une clef : « Le rite du breuvage sacré nous donne accès au Centre et à la Qualité. Le breuvage est sacré car il confère une qualité à celui qui le reçoit ». Guy Chaty célèbre la mousse avec humour. Olivier David, chantre de l’imaginaire, invoque la Trinité liquide ou le sang du poète. Sa plume le conduit des Larmes de Thor à La Croix de Baccchus en passant par Le bain d’Isis. Colette Klein titre son texte Poésie, breuvage sacré. « Sperme sacré qui nourrit l’incohérence et le désir… le silence dissout, reste le nectar, enfin distillé pour la récolte du poème. En bon littéraire qu’il est, Serge Meitinger nous offre Du nectar ou la preuve par « l’émythologie » une fantaisie étymologique sur l’origine d’un mot. Dans Le nectar scellé Xavière Remacle se penche sur l’origine des interdits coraniques qui pèsent sur les musulmans. Jean Biès s’aventure dans des Variations sur un dragon rouge, monstre qui apparaîtrait dans une coupe quand un poison y serait versé, comme un symbole des poisons de l’existence. Camille Aubaude revient d’Egypte gorgée de légendes. Selon Ivresses d’Egypte, le lait de la déesse Hathor enivrait les rois, les reines et les pauvres humains. Dans un Petit délire en privé Werner Lambersy remarque : « Si on dit qu’on boit parfois pour oublier, c’est oublier qu’on boit vers une autre mémoire. ». Dans un poème manuscrit Jean Rousselot propose un impromptu vinicole et François Huglo, sans arrière pensée religieuse signe Le corps fabuleux du vin. Cependant, la spiritualité trouve une place normale dans ce numéro. Dans un poème manuscrit Jean-Claude Renard nous invite : « Buvez cette boisson ». Mon ami prêtre, Bernard Feillet, sans doute en avance sur le dogme catholique, fait de l’eucharistie « le symbole de la communion des hommes dans la grande Présence du mystère de Dieu qui les habite. ». Plus classique, je me réfère au retable de Saint-Martin de Recloses, Des vignes du Seigneur au pressoir mystique. Notre souriant ami chrétien Michel Michaud rend grâce «  Pour tous ces bienfaits, loué sois-Tu dans les siècles des siècles. Amen. Allelu hic ! ». Pierre-Christian Taittinger vante de façon laïque Ce subtil plaisir qui nous porte. Henry Clairvaux s’ouvre à Une fantasmagorie de soupe au jardin des plantes. Après quelques poèmes hors thème de nos amis, Gérard Murail se permet un poème d’humour avec De la fillette et du canon, des contenants n’ayant rien de sacré. Bon accompagnement de sa gravure en couverture, Sobria ebrietas.

N°87 Petit précis du vague. Une façon de dire que la poésie baigne dans une conception classique avec la non-contradiction des opposés. Raymond Beyeler commente au début la couverture de Charlotte Hanotin / Danaë, qu’il a choisie, un visage noir et blanc sur un corps rapiécé. Gilles Boussois, responsable de phréatique sur internet, titre son excellent article Le vague au sens (Introduction à une littérature de l’écran). « L’Aristote d’aujourd’hui est celui de la logique floue ». Celle-ci peut accumuler les rêves et les auteurs sur une œuvre première. Dans Hic incipit vita nova Serge Meitinger signe une promenade, un moment d’errance passagère. Michel Michaud fait de même dans Du vague à la parenthèse, comme André Lagrange avec Rêve Éveillé. Certains lecteurs connaissent l’expérience scientifique du chat de Schrödinger, à la fois mort et vivant pour démontrer le principe d’incertitude de la physique quantique. Dans Un vague sentiment d’existence Maurice Couquiaud, ce plaisantin, a emprunté un moment l’identité du neveu du savant pour faire comprendre dans une fable la nouvelle logique contemporaine contraire aux lois d’Aristote. En face de cette étrange évolution, Jean Dubacq a créé une Ecole du vague. A mon grand étonnement, mon amie Colette Klein, poète et peintre manifeste son mépris pour les Nymphéas de Claude Monet dans Eloge vague du précis. Je ne peux l’expliquer que par un vague moment d’incertitude sur la beauté. Michel Passelergue explore des terrains vagues (Variations libres sur quelques contraintes de temps et d’espaces). Suivent des textes poétiques et des poèmes divers : Georges Sédir, Laurent Gané, Stéphanie Reiss, Maurice Couquiaud, Raphaël Cancejo, Jean Lescure, Jean Chatard, Charles Fort, Hubert Arger, Chem Assayag, Camille Aubaude, Patricia Bruneaux, Saïd Dib, Bruno Ehret, Pierre Esperbé, Michel Gabet, Jean-Jacques Méric, Bernard Pozier, Didier Pujol, Jean L’Anselme, Richard Rognet. Quant à Gérard Murail, il creuse Le visage en multipliant les points sensibles en de multiples images feutrées pour finir dans une belle métaphore « Chez le pauvre le feu se retire en rampant sous la braise ». Le journal phréatique revient à Bernard Llech : « Une vie suffit à peine au lourd bilan des espoirs en souffrance ».

N°88 Thème Au commencement. Comme bien souvent, Raymond Beyeler commente agréablement notre couverture, un tableau de Giorgione, La tempête. Agrégée de philosophie, Séloua Boulbina se demande Comment commencer ? On se heurte rapidement au problème de la cause première… Pour l’optimiste « tout commence à nouveau » ! Colette Klein voit dans le commencement une Imposture. Le commencement est un mythe pour rêveurs, dit-elle. L’imposture, c’est de faire croire que la vie est chaque fois unique. Ah ! Chère Colette ! Se voulant l’incarnation de la Néante. Tu me poses un sacré problème. Assez curieusement le psychophysiologiste réputé Jean-François Lambert se pose une question à la fois proche et lointaine. Il titre Inaccessibles commencements. Le commencement existerait, mais il est difficile à déterminer. Il suffit de penser au mur de Planck à la source de l’univers. Il ne faut jamais le confondre avec l’origine. Comment situer le commencement de l’être ? Ce bel article a laissé des traces sur ma perplexité naturelle. Serge Goudin-Thébia semble retourner la question : « A son poste chaque animal se prépare à son instant d’éternité ». Il termine en disant : « C’est tombé sur toi un jour, ta naissance ». Spécialiste de la civilisation chinoise Isabelle Robinet se penche sur L’origine primordiale en Chine. Le commencement du monde suppose temps et mouvement, donc quelque chose de pré-existant. Meilleure solution possible : l’éternel retour. Mystérieux, l’acte d’apparaître n’apparaît jamais. Passionné de musique, Michel Passelergue étudie Quelques préludes pour la genèse. Le prélude, tout un art, de Bach à Dutilleux en passant par Chopin et Debussy. Un prélude orchestral ouvre l’oratorio La Création de Haydn. Plusieurs compositeurs se sont intéressés au Poème de la Genèse. En véritable poète Michel Camus propose Profondeur du commencement, Profondeur de la fin. Il multiplie donc les citations poétiques convergentes ou divergentes. Robespierre affirme : « La mort est le commencement de l’immortalité » J’entends Roberto Juarroz : « L’éclair de l’instant crée l’éternité de l’autre côté du temps ». L’immortalité est humaine, l’éternité me paraît spirituelle. Du Québec Anne Peyrouse nous envoie de beaux Débuts d’Horizons. Subtil, Gilles Boussois va De l’initiation à l’initialisation. Ensuite, c’est avec grand plaisir que nous publions huit poèmes importants de Michel Butor. Audacieux, le docteur es sciences Alain Le Méauté mêle des équations à son poème L’étang hyperbole avant de se pencher sur l’irréversibilité géométrique. Serge Meitinger titre L’entre-deux, l’origine. Il précise : le poème appartient à l’origine et à la fin, le poète s’efforce seulement d’en imiter la sagesse. Il nous offre ainsi quelques poèmes Car la source commence et sitôt passe à la fontaine. Marc-William Debono constate avec Le moyen âge occidental que nous vivons dans un monde fractal ou la dérive du sens esthétique conduit à l’érosion de l’imaginaire. Ainsi prône-t-il la démarche d’un groupe qu’il anime, celle des plasticiens. Au passage nous trouvons de beaux poèmes de Marc Alyn, D’autres commencements. Avec Des origines l’astrophysicien Marc-Lachièze–Rey fait le point sur les théories actuelles résumant l’apparition de l’univers. Céline Varenne imagine un poème chrétien à trois voix Naissance à l’éternité. Henry Clairvaux propose Une création sans point de départ. Michel Passelergue évoque dans L’Incipit et l’Oracle le cours étrange et mystérieux de l’inspiration poétique. S’appuyant sur les théories contemporaines à propos du Big-Bang, Jean Moisset étudie dans Un éternel commencement quelques conceptions métaphysiques parallèles. Avec Un défi archaïque Francesca Yvonne Caroutch nous expose les débuts de Venise. Dispersés se trouvent de beaux poèmes comme ceux de Raymond Tschmi, Arnaud Jamin, Alain Suied, Jack Coudert, Yves Gaignard, Daniel Martinez, Pierre Esperbé, Xavière Remacle, Annette Blier, Didier Champion, et d’autres. Sous le titre Jeux d’enfants Gérard Murail réunit à la fois de belles réflexions sur l’enfance, des comptines diverses, un poémeau de la forêt, etc. Quant à Couquiaud, ayant assisté au ministère de la Recherche à un colloque organisé par les astrophysiciens sur le thème L’origine primordiale il s’est fait plaisir en adressant des Lettres au Néant, incendiaires. J’avoue trouver plus de confort dans le profond mystère divin que dans la certitude du néant, bien différent du vide innocent

N°89 Lieu poétique 8. Il est toujours difficile d’établir un compte rendu précis d’un numéro entièrement consacré à la poésie. Tout aussi difficile de résumer des articles subtilement ancrés dans leurs sujets. Serge Meitinger nous invite à L’espace-temps du poème, en quelque sorte « à un champ de présence poétique ». Alain Hidier nous emmène De l’image mentale à l’unité de la connaissance. Michel Passelergue, avec Avoir lieu, s’interroge sur la naissance du poème : « écoute des mots dans l’espace de ce réel qui nous traverse autant que nous le traversons ». Luc-Olivier d’Algange livre des Notes sur les langages secrets. Pour lui, toute langue est secrète en ce qu’elle laisse à pressentir plus qu’elle ne dit. Colette Klein nous offre une poégraphie en noir et blanc, Les plaies du poème. Gérard Murail fait de même avec un large Semainier. Couquiaud présente La matière et nous. Texte d’une rencontre que j’animais à la Maison de la Poésie de Paris avec la comédienne Marianne Auricoste. Dialogue avec le physicien Basarab Nicolescu et le poète Werner Lambersy autour de la physique quantique, source d’une nouvelle vision de l’univers, d’une logique et d’un imaginaire adaptés. Henry Clairvaux plaisante sur ce qui devient une réalité, Le mot est une puce. Raymond Tschumi signe L’Ecriture en prise, comment définir cette manière d’être ? Guy Chaty invente avec le sourire une Nouvelle particule, le libidon. Le poétest portait sur une parole de Saint Augustin : Nous sommes une strophe dans un poème. Une quarantaine de poètes ont répondu avec intelligence à ce grand penseur. Par ailleurs, dispersés dans la revue, une foule de textes poétiques et de beaux poèmes : Philippe Priol, René Ferriot, Sylvestre Clancier, Céline Surateau, Martine Cadieu, Nicole Hardouin, Victor Martinez, Simonomis, Michel Passelergue, Michel Boussois, Michel Pierre, Raymond Beyeler, etc. S’y ajoute une série d’Élégies de Gérard Murail. Le tout sous une belle couverture de Pierre-Jean Couarraze.

N° 90 L’esprit Nomade. L’esprit des poètes étant particulièrement nomade, il me sera encore une fois difficile de résumer leurs pensées. Selon Jean Biès existe une Alchimie du vagabondage. Le nomade est de partout et de nulle part. Jean Dominique Rey contemple La plaine écrite. « Mais les vitres sont des grilles que leur transparence renforce encore… Je ne suis bien que de marcher et d’écrire ». Confidences de Michel Passelergue dans Sentiers perdus, chemins invisibles. « Je ne puis écarter ce jalon décisif : le surréalisme ». Luc-Olivier d’Algange multiplie les souhaits Par temps maudits, que les cœurs soient hauts dans la profondeur du ciel ! Sous le titre Un certain don d’ubiquité Serge Meitinger associerait volontiers le lieu nomade à l’esprit nomade. Docteur en études cinématographiques, Didier Coureau titre Poétique cinématographique de l’errance. Jalel el Gharbi associe Désert et lecture. « Le désert poétise les coordonnées du réel. Le nomade vit en poésie dans ce monde où l’image est dissociée de toute substance ». Sous le titre De l’Auroch à l’étoile Jean-Marc Debenedetti, partant de l’image du chasseur cueilleur de l’époque paléolithique, remarque que la découverte de notre planète a cédé la place à celle de l’univers et le nomadisme réel à un nomadisme intellectuel. L’homme voyage par procuration ! Michel Michaud dit que nous pouvons voyager Par les chemins du dehors et du dedans. « Dans mon rêve, j’étais parti en voyage ; et c’était un rêve d’enfant qui Regarde bouche bée, avec toute la ferveur du monde ». Bernard Llech passe en revue les différentes formes de nomadisme dans ses Perspectives ambulatoires de l’errance, du vagabondage, au pèlerinage. Claude Raphaël Samama se promène dans un Court essai sur la poésie du monde. Patrick Raveau observe dans Imaginaire et Science fiction une forme particulière de fiction nomade. Les visions qui nous sont ainsi proposées démultiplient la simple vision du monde. Elles ouvrent un domaine où les chemins de la pensée bifurquent à l’infini. Colette Klein voit dans les Vacance(s) une triste transhumance vers les plages et des camps grillagés. Heureusement son esprit nomade l’entraîne plus loin. De son côté, dans Esprit de la steppe, esprit de patience, Anne Catherine Benchelah évoque la démarche d’Henry Bauchau accordant une certaine sympathie au personnage de Gengis Khan « Il était le poète que je portais en moi ». Le journal phréatique échoit à Henry Clairvaux Au vent des camps volants : Le nomadisme et ses formes multiples. « Errance de l’esprit qui circule en longeant le dos des livres ». Couquiaud signe un hommage à l’ami regretté, le géophysicien Patrick Aimedieu, collaborateur de la revue, sous la forme d’une rêverie atmosphérique, Confidences d’un ballon-sonde. Comme d’habitude les textes poétiques et les poèmes sont dispersés : Guy Chaty, Esra Aykin, Henri Heinemann, Patricia Laranco, Jean-Philippe Cazier, Bernard Lorraine, Nohad Salameh, Silvaine Arabo, Horia Badescu, Didier Ober, Anne-Emmanuelle Plumel, Michel Passelergue, Hélène Galli, Gilles Boussois, Paul Roland, Sylvie Vauclair, Paul Escorsa, Francine Caron, Laurent Fourcaut, Georges Friedenkraft, Maurice Lestieux et d’autres. Gérard Murail signe de bon appétit un poème, Auberge du grand cerf et un tableau hors texte Dedans-dehors.

N° 91 Tout en canon. Thème suggéré par une plaisanterie sur un pharaon dont la dépouille porterait malheur, le thème était plus ouvert qu’il ne paraissait. Chaque collaborateur a choisi sa cible. Pour Colette Klein, le canon en art n’a d’autre destin que d’être oublié, non pas honni mais oublié, rendu à l’invisible. Michel Passelergue notre expert musical propose Sept variations canoniques sur un thème impromptu, de Monteverdi à Schoenberg. Notre maître humoriste Jean Dubacq ouvre une école de canon en ressuscitant le grand réformateur de l’artillerie française M. de Gribeauval. Maurice Couquiaud a obtenu un Entretien avec la Vérité, qui souffre de l’irrespect qui entoure ses canons. Bernard Jakobiak, homme d’église s’interroge : Canon… Droit canonique… Pourquoi les canons ? Serge Goudin-Thébia nous fait découvrir un arbre exotique Le bois canon. Camille Aubaude propose avec Stéphane Mallarmé : les canons de la beauté. Henry Clairvaux signe une longue étude sur l’évolution de l’armement à travers les siècles Bouches à feu, canons douteux. Certains poètes font dévier le thème, Gilles Boussois offre Tout en canaux et Pierre le Coz Etat de siège. Dans son journal phréatique, en bon littéraire Serge Meitinger propose Les canons du lire-écrire. Quelques poèmes paisibles sont les bienvenus, en particulier Les Heures canoniales de Gérard Murail, respectant Matines, Laudes, Prime, Tierce, etc.

N°92 Thème Pestes et poisons. Raymond Beyeler commente poétiquement comme d’habitude le tableau de couverture La peste de Arnold Böcklin, impressionnant ! Le professeur Claude-Albert Dubois étudie à travers l’histoire de la littérature Eros et ses poisons : l’amer, la mort, l’amour. Une histoire chargée ! Seloua Boulbina remarque que si la peste est une figure du désordre le poison est une figure de la ruse. Les sens divers du mot grec pharmakon l’amène à titrer Le remède est dans le mal. Michel Camus étudie Le  nectar au cœur du poison, le nectar étant représenté par toutes les formes de drogue conduisant à la déchéance. Au contraire, la vue du sexe féminin pouvait être considérée au moyen âge comme un moyen de guérison ! Dans Un carnet du sapeur Toxicon, Henry Clairvaux se penche sur toutes les formes de poisons, depuis les poisons naturels jusqu’aux poisons du futur en passant par ceux de la propagande pouvant séduire les masses. Michel Passelergue trouve dans la musique des déchirures et des vertiges dans les poisons du temps. Jean Moisset porte sa rancune contre Ce hasard qui parfois nous fait mal ou nous enquiquine. Il évoque la fameuse loi de Murphy. Sous le titre L’ange et le virus Maurice Couquiaud rapporte un entretien avec l’ange Gabriel et dénonce les ravages d’un virus désastreux pour l’humanité, l’angélisme, responsable des maux rebondissant sur de bonnes intentions qui viennent paver l’enfer. Une équipe d‘amis poètes à goûté avec précaution à tout ce qui nous accable ici ou là pour en faire de bons poèmes ou des textes réparateurs : Colette Klein, Danièle Corre, Simonomis, Serge Meitinger, Jeanne Benguigui, Victor Martinez, Jean-Philippe Cazier, Alain Richer, Jean Rousselot, Jean Dubacq, Claudine Bourbigot, Maurice Cury, Matthieu Gosztola, Alexandre Marque, Suzanne Le Magnen, France Weber. Gérard Murail met le point final avec une Pétrogravure en noir et blanc

N° 93 Lieu poétique 9. Ce numéro, qui sera le dernier de la revue entièrement consacré à la poésie avant son dernier sommeil programmé, est à la fois fort beau et fort triste. Un nouveau deuil nous a touchés. Gérard Murail rend un dernier hommage à son amie Gilhuette, récemment disparue. Hommage à une grande artiste peintre appréciée des plus grands. Poète également, membre du comité, c’était une femme de cœur dont le soutien financier contribuait depuis un bon moment à la survie de phréatique. Comme nos amis disparus depuis, ceux d’entre nous qui survivent en 2014 garde toujours son souvenir dans leur cœur. Raymond Beyeler a choisi pour couverture un tableau de LJUBA représentant Salomé nue L’esclave de nos rêves. Michel Camus à nouveau Le non-lieu de la poésie, domaine du tiers secrètement inclus. Jean-Philippe Cazier aime Ecrire la nuit ; ce qui est nommé poésie répond au silence du rêve. Bernard Llech trace Le décor de l’absence. « J’étais si distrait par l’ailleurs, et submergé de rêves, que mes mots refusaient l’encre et le papier ». Laurent Margantin nous promène Sur un sentier escarpé. « Il me parait que celui-ci communique avec tous les chemins et tous les paysages du monde ». Serge-Goudin-Thébia évoque un couple d’artistes étonnants photographié devant ses sculptures. « Yves et Valérie Leblet habitent poétiquement la terre ». Anne-Catherine Benchelah nous offre trois entretiens intéressants et neuf poètes au féminin, fruits de contacts créés à la 5ème rencontre de poésie féminine. Martine Cadieu rapproche poésie et voix dans la musique d’aujourd’hui. Henry Clairvaux trouve un certain charme poétique aux écrits du savant Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique. Guy Chaty fouille L’ordinateur, lieu d’expression poétique. Maurice Couquiaud rend compte de sa rencontre avec le grand poète Claude Vigée et le philosophe poète Michel Cazenave, lors d’une soirée qu’il animait avec la comédienne Marianne Auricoste sous le titre Devenir le lieu à la Maison de la Poésie à Paris. Certains lieux, certains objets incitent à la poésie. Serge Meitinger présente ainsi Les figures du Val, du Pré, de l’Arbre. Céline Varenne aborde Le Sacré avec ou sans Dieu, dans ou hors le quotidien. Je n’ose pas citer les noms si nombreux des poètes connus et inconnus qui ont nourris de leurs poèmes ou groupes de poèmes ce beau numéro. Je me limiterai à l’auteur qui en a préparé la mise en page, Gérard Murail qui a signé les vers de Pour le solstice d’été et dessiné une encre en couleurs Désert d’insecte. Quant au poétest proposé sur un dessin de Gérard, son succès, plus grand que jamais, a permis de sélectionner plus de 50 poèmes.

N°94 Les mots sans fond. Humoriste, Jean Dubacq s’accroche aux Mots pour mot. Pour celui-ci il retient que « Serviteur de la parole, il est aussi son acteur, peu exigeant sur les gages mais prodigue en infidélités ». Guy Chaty s’interroge : Les synonymes des mots sans fond sont-il des mots sans fond ? Il répond de son mieux dans une étude approfondie sur divers exemples. Michel Passelergue explore Le mot ailleurs. Il est partout, dans l’espace, la musique, la poésie… partout. Serge Meitinger revient sur le thème de notre Lieu poétique n°5, les derniers mots de Goethe Mehr Licht (Plus de lumière). Il demande Quelle lumière ? Les étapes de l’interprétation sont multiples. Parallèlement Daniela Hurezanu remarque qu’il existe bien des formes de bonheur. Il semblerait que nous sommes à une époque où notre bonheur a été pris en charge par un système qui nous dépasse. Pour Colette Klein, dans les Textes sans fond, les mots sans fonds déteignent sous la pluie, jusqu’à disparaître. Henry Clairvaux termine sa collaboration étymologique par une question : les mots sans fond étouffent-ils des mots de révolte ? Le philosophe Henri Mongis pose une autre question : Que signifie le mot Être ? Problème immense qui amène à voyager de Aristote à Heidegger. Sous le titre La main sur la pierre Matteo Meschiari plonge à partir de l’art rupestre dans le livre de Jean-Jacques Wunenburger La philosophie des images et se trouve face à bien des mots sans fond. Gilles Boussois espère des mots sans fond mais pas sans forme. Le poète numismate Michel Michaud voyage De l’intelligible au sensible ésotérisme des monnaies Gauloises. Sous le titre Almicantarat Gérard Murail a confectionné un excellent dictionnaire poétique de dix pages pour des mots sans fond. Maurice Couquiaud rend compte de la soirée Les chemins du réel qu’il a pu animer avec la comédienne Marianne Auricoste à la Maison de la poésie à Paris. Le professeur Bernard d’Espagnat, responsable des recherches françaises sur la physique quantique, auteur de la théorie du Réel voilé répondait aux questions sur son récent livre Ondine et les feux du savoir. Comme certains mots, l’univers n’a pas de fond ou bien le dissimule à nos yeux et à nos instruments. Le journal phréatique est un superbe extrait d’un ouvrage de Michel Random Le livre des sortilèges, alors à paraître. Tous ces textes sont entourés de poèmes : Olivier Kachler, Max Alhau, Amari Hamadene, Didier Ober, Michel Santune, etc. J’aimerais citer des extraits de certains. phréatique va bientôt s’endormir. Je me contenterai de citer quelque vers qui me semblent de circonstance. Ils sont de Charles Dobzynski Dans la foulée des mots.

Les mots : échographies
des rêves
que nous n’avons pu enfanter…
Le mot toujours en plus
par quoi déborde
tout ce qui n’a pas été dit.

N° 95. L’éditorial annonce que ce numéro de phréatique sera le dernier. Le temps ayant passé, je me dois d’en expliquer les diverses raisons. Petit à petit, plusieurs décès avaient réduit le comité des fidèles, attachés, dévoués à la revue. La santé de Gérard Murail, âgé de 76 ans, n’était plus excellente. Certaines souffrances devenaient un handicap pour notre directeur, pouvoir central d’un travail régulier, seul qualifié pour la gestion générale de l’entreprise en liaison avec des activités d’éditions, la mise en pages, les rapports avec l’imprimeur, etc. A 70 ans, retraité, je l’aidais toujours de mon mieux dans mes tâches habituelles très diversifiées, m’amenant à effectuer pour chaque numéro la tournées de diverses librairies dans Paris, facturations, reprise des invendus, un courrier énorme (des centaines de lettres chaque année), pour les demandes d’aide ici ou là, démarches auprès des affaires étrangères pour renouveler les abonnements auprès des services culturels lointains, pour multiplier les contacts dans toutes les disciplines, trier les poèmes avant les choix définitifs, informer les auteurs refusés ou acceptés, participer à des colloques, des réunions, etc. Bref je ne pouvais faire plus. Les autres membres du comité lentement restreint faisaient également leur possible, chacun dans sa spécialité. Beyeler explorait dans toute l’Europe les pistes artistiques. Passelergue était notre antenne dans le monde de la musique. Colette Klein animant plusieurs associations poétiques contribuait pour beaucoup à la diffusion de la revue, aux abonnements. Les plus jeunes travaillaient encore. Plusieurs étaient gênés par l’éloignement. Je dois rendre un hommage particulier à Georges Sédir, diplomate en poste à l’autre bout du monde. J’emmenais au ministère les recueils reçus qui partaient et revenaient par la valise diplomatique. C’est ainsi que la rubrique revue critique s’est trouvée régulièrement gérée avec attention et doigté jusqu’à la fin par notre ami. Ceci représente un travail énorme, plusieurs centaines de notes de lecture au fil du temps. Dans un contexte difficile s’ajoutaient pour la revue des difficultés financières. Les librairies sympathisantes comme les Puf, Le divan et d’autres s’éloignaient ou disparaissaient. Les FNAC renonçaient à nos comptoirs de présentation. Seule celle des Halles résistait. Conséquence, la chute des ventes directes. Gouvernements de bords différents : chaque année le ministère des affaires étrangères diminuait le nombre de ses abonnements, pour finalement les supprimer. Notre chère Gilhuette, devenue notre mécène, avait permis à la revue de survivre. Grâce à elle, la caisse souffrait mais ne connaissait pas le vide. Toujours soudés, nous avions compris qu’il valait mieux finir en beauté en remboursant les abonnements en cours. Gilles Boussois, notre dynamique délégataire pour internet, devait s’efforcer de protéger le site un certain temps. Le dernier éditorial se félicite donc d’une réussite prolongée pendant un quart de siècle, du succès d’une démarche particulière ouvrant l’âme de notre revue poétique aux études et théories contemporaines, à travers toutes les disciplines. Pierre Robert, gérant de la publication, en a été le témoin sympathique et l’acteur discret. Nous avions été fidèles à l’ancienne promesse de Gérard Murail, fondateur du Groupe de Recherches Polypoétiques : « Il importe d’imaginer des Structures d’accueil car science, philosophie et poésie devraient se trouver associées dans la formation de l’honnête homme contemporain, déjà Homo cosmicus, ces trois modes de connaissance se complétant dans la description de notre univers ».

Après ces explications, voici un aperçu de ce Numéro 95 Les eaux dormantes. Un thème qui pousse vers la mélancolie. Beyeler avait choisi pour la couverture un beau tableau de Jean Delville Orphée mort, dont le visage semble flotter sur l’eau. Son commentaire s’intitule L’art commence où finit la vie. Michel Passelergue évoque La mémoire endormie et les eaux du Léthé. Pour Jean-Philippe Cazier, il y a un mystère de l’étang et du marais. Il y voit des inscriptions fugitives sur les pages de la terre. Même Jean Dubacq devient très sérieux pour se plonger dans La goutte d’eau. Serge Meitinger titre Des nymphéas ou le regard des eaux. Regarder les nymphéas c’est entrer dans le regard des eaux …qui peut nous révéler une possible grâce de l’autre. Michel Passelergue nous offre trois textes poétiques accompagnés d’un autre signé de son frère Daniel. Clairvaux propose des Fouilles d’eau : « eaux dormantes il nous faut vous connaître par les puits, les étangs, les mares, les marais ». Catherine Benchelah s’entretient avec la paléo-climatologue Françoise Gasse sur Les eaux fossiles, présentes sous les eaux phréatiques régénérées par les pluies infiltrées dans le sol. Une très convenable histoire d’eaux ! Comme d’habitude les articles possèdent un environnement poétique de qualité.  Jean Rousselot s’enfonce lentement comme la flaque dans la terre. Après Armand Olivennes, Roger Gonnet, Colette Klein, Georges Sédir, Claude Vigée, Marc-William Debono, auteur d’une pensée troglodyte, Gérard Murail auteur d’Hélodies, et d’autres bons poètes mélancoliques, je suis le seul à supposer L’éveil des eaux dormantes, celles des anciennes lueurs qui flottent dans l’espace pour les astronomes. C’est le sujet de l’entretien ici présent que j’avais précédemment animé à la Maison de la poésie de Paris avec le concours de Marianne Auricoste. Sous le titre Méditation autour de la lumière, j’avais eu le plaisir d’interroger des êtres remarquables, l’astrophysicien poète Michel Cassé en compagnie du philosophe poète Michel Camus. Nous avions terminé en citant une phrase de Michel Cassé : au cœur des étoiles se célèbrent des milliards de mariages élémentaires… Le cri de joie c’est la lumière.

L’atelier des remparts.-N°1 (le seul). Très heureux d’avoir installé un superbe atelier dans sa maison de Bonny-sur-Loire, Gérard Murail semble retrouver en 2003 une part de son ancien dynamisme. Il s’efforce de créer une revue sympathique, plus modeste que phréatique, ancrée sur les bords de la Loire. Plein d’humour, l’ancien Gai Savoir est à l’honneur. Jean de la Ferté nous rappelle l’importance originelle de la pomme, Jean Dubacq crée une nouvelle école des femmes, Jean-Paul Karl et Jacques Sieurin écrivent à la gloire du cochon. Clairvaux domestique ses Gorgones. Roger Veillé nous revient avec de beaux dessins. Se trouvent associés quelques bons poèmes d’amis, Pascal d’Aubriac, Claude de Burine, Annie Le Gall, Jean Rivet, Serge Wellens. Couquiaud propose un journal sérieux, L’énigme certifiée associant une phrase de Saint-Paul à l’incertitude cachée dans le théorème de Gödel. Le meilleur se trouve sans doute dans les Saisies de Gérard, une multiplication de petites entrevisions accompagnées de remarquables dessins :

La nuit vient recouvrir les questions sans ordre du jour.
Le ruisseau poursuit sa quête du mot qu’il a sur le bout de la langue.

Je termine ici mon témoignage qui m’a fait revivre bien des moments baignés de poésie, d’intelligence, d’étonnement, d’amitié, d’affection, bref d’une lumière chaleureuse qui donne un sens à la vie.

Maurice Couquiaud

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